12 / 06 / 2018

Restitution du Club RSLN #2

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Restitution du Club RSLN #2

« En quoi l’IA est un progrès ? » C'est la question à laquelle ont répondu les membres du club RSLN (experts et lecteurs), durant notre deuxième édition, le 6 juin - entre rêveries utopiques et cauchemars dystopiques.

La deuxième session du club RSLN a réuni Yann Bonnet qui a œuvré au Conseil national du Numérique et au rapport Villani, une vingtaine de spécialistes du numérique et de lecteurs de Regards sur le Numérique, pour confronter les facteurs de progrès mais aussi d’inquiétudes liés aux applications futures de l’intelligence artificielle.

Il y aurait autant de quoi s’enthousiasmer que de s’alarmer quand on imagine le monde optimisé par l’intelligence artificielle qui nous attend demain. Ce sont ces deux facettes du progrès, inquiétante ou optimiste selon les points de vue, que le club RSLN organisé par Usbek & Rica, La Netscouade et Microsoft France a choisi d’explorer en compagnie d’une vingtaine de spécialistes du numérique réunis à Paris au Très Particulier, à Montmartre. Objectif des débats : élaborer une série de recommandations afin que l’IA soit réellement un progrès pour les citoyens et la société, dans la lignée des engagements pris par le comité d’éthique mis en place à Microsoft.

En préambule, chaque expert(e) et lecteur.trice se voyait attribuer au hasard un siège à l’un des quatre ateliers dédiés pour moitié aux utopies et pour l’autre à leur face sombre, les dystopies. « C’est plus facile aujourd’hui d’être dystopique que d’être optimiste, entend-on à l’ouverture des débats du côté du groupe 1 consacré aux dystopies. Le contexte actuel est anxiogène, notamment à cause des peurs et des fantasmes liés à l’automatisation de l’emploi et à l’imagerie véhiculée par les super-ordinateurs de fiction comme le Skynet de Terminator ».

 

«Il n’y aurait alors plus moyen de négocier car la machine a toujours raison»

 

La place laissée à l’homme dans un monde reconfiguré par l’IA se retrouve alors au centre des échanges. Une des craintes qui s’exprime est que la machine prenne le contrôle impérieux des décisions au nom de l’efficacité. « Il n’y aurait alors plus moyen de négocier car la machine a toujours raison ». Une perte d’autonomie d’autant plus problématique pour l’homme que l’IA n’est que le reflet de son créateur et des biais socio-culturels que celui-ci véhicule plus ou moins consciemment. Plus d’IA dans la société pourrait de ce point de vue entraîner davantage d’injustices et de discriminations dans les décisions prises avec la machine.

« Il faudrait alors créer une sorte de SOS racisme de l’IA pour corriger ses effets potentiellement néfastes », ajoute-t-on dans l’autre atelier thématique sur les dystopies. L’idée d’un nécessaire contre-pouvoir à l’IA sous la forme d’une institution émerge alors au fil des discussions. Mais ce n’est finalement pas la technologie en tant que telle qui paraît être le point le plus sensible pour les participant(e)s, c’est le cadre dans laquelle elle sera utilisée. Un invité évoque Facebook, « dépassé par son succès et facteur de bouleversements politiques alors qu’à l’origine la plateforme avait été créée pour rapprocher les gens ».

En face, dans l’un des deux ateliers dédiés aux utopies, on en arrive à la même conclusion : les effets de l’IA ne sont pas inscrits dans le marbre, c’est l’usage qu’on en fera qui sera source de progrès. Bien encadré, le formidable potentiel des innombrables applications imaginables dans le domaine social et économique peut alors s’exprimer. L’automatisation est ainsi plutôt vue comme une simplification des tâches quotidiennes propre à l’épanouissement personnel. Le travail lui-même relèverait alors davantage du choix que de la contrainte et l’IA deviendrait un levier de réforme sans précédent pour imaginer une alternative au système de production capitaliste.

 

«L’IA est une manière de réhabiliter le progrès au nom du bien commun»

 

Plus généralement, l’IA pourrait apporter des solutions nouvelles aux défis contemporains. Inégalités, maladies, réchauffement climatique, la technologie du futur créera une nouvelle façon de produire des connaissances par la récolte et l’optimisation de données. « L’IA est une manière de réhabiliter le progrès au nom du bien commun », résume une participante.

Mieux comprendre le monde et mieux comprendre l’homme aussi, en décryptant à l’aide d’algorithmes cette boîte noire que représente le cerveau. On n’est pas loin de l’homme augmenté… Explorer les arcanes de l’esprit humain grâce à l’IA, c’est enfin une façon de mieux saisir la complexité de l’autre et d’améliorer la communication au-delà des différences culturelles. Un atelier sur les utopies évoquait ainsi l’exemple d’un assistant personnel géré par l’IA à qui on pourrait tout dire pour s’entraîner à surpasser les problèmes relationnels entre couples ou entre collègues. Les progrès induits par l’IA sont susceptibles de concerner toutes les facettes de notre quotidien…

Feuille d'inspiration du Club RSLN #2