La 3e édition du club RSLN s’est penchée sur le rôle que pourrait jouer l’IA pour répondre aux enjeux actuels et futurs liés au réchauffement climatique.

L’heure est grave. La planète est en surchauffe et c’est l’humanité elle-même qui pourrait se consumer selon les collapsologues les plus sombres, raconte peu ou prou Thierry Keller, directeur des rédactions d’Usbek & Rica à un parterre d’invités. Paradoxalement, son salut pourrait pourtant venir de l’une de ses créations énergivores : l’intelligence artificielle et ses multiples avatars. Une équation complexe qu’une vingtaine d’invités ont été conviés à résoudre lors d’ateliers au siège de Microsoft France lors de la 3e édition du club RSLN. Il y a là des spécialistes du numérique et/ou du digital, des enseignants-chercheurs en IA, des responsables RSE. « Le monde numérique a une double responsabilité vis-à-vis de l’environnement, en raison de sa facture énergétique mais aussi de sa capacité à permettre à chacun d’exploiter son potentiel pour améliorer les choses » résume en préambule Eneric Lopez, directeur Intelligence artificielle et Développeurs de Microsoft France.

L’IA est un moyen, pas une finalité, elle peut apprendre à travers le machine learning mais elle ne pense pas.

Une capsule d’air facturée 100 € l’heure

Les défenseurs du futur ont le choix entre trois groupes de travail. Certains doivent plancher sur une déclaration pour une IA au service de la planète, d’autres sur les principes-cadres d’une smart city, tandis que le troisième groupe est chargé d’élaborer le programme d’un parti techno-écolo en 2050. Une échéance lointaine propice aux scénarios environnementaux les plus catastrophistes. Le décor est rapidement planté par les intervenants de l’atelier : 10 milliards d’habitants, une majorité de citadins, des réfugiés climatiques par millions, la capsule d’air purifié facturée 100 € l’heure... « Notre parti doit être une alternative aux mouvements radicaux qui auront sans doute pris le pouvoir et qui n’auront pas su résoudre la crise climatique », entend-on autour de la table. « Oui mais sans être radical, doit-on pour autant s’interdire d’imposer certaines mesures contraignantes pour sauver la planète ? », réplique une invitée. La liberté en 2050 pourrait être une notion très relative...

La « déclaration des devoirs d’une Intelligence artificielle pour la planète » prend forme à la table d’à côté. Plusieurs principes fondamentaux émergent pour garantir le passage à une technologie verte : l’absence de transfert d’impact négatif d’un appareil à l’autre, la non-reproduction des discriminations, une IA accessible à tous sur le modèle de l’eau ou de l’électricité ou encore des datas publiques et ouvertes. Autre impératif, l’IA devra toujours se déclarer comme telle et ne jamais tenter de se faire passer pour un humain. Le fameux test de Turing, grâce auquel il est possible de démasquer une IA, pourrait alors servir de référence. Parallèlement, plusieurs intervenants démystifient l’IA pour mieux cadrer son utilisation et son potentiel. « Il faut rester focaliser sur la valeur que l’homme est capable de créer grâce aux nouveaux outils technologiques, explique une participante. L’IA est un moyen, pas une finalité, elle peut apprendre à travers le machine learning mais elle ne pense pas. »

L’air, c’est le matériau du futur pour que l’intelligence soit possible.

L’IA sera verte... ou la Terre ne sera plus

A l’atelier smart city, il est surtout question d’air pur. « Avant d’être smart, la ville devra surtout être respirable, explique un intervenant. L’air, c’est le matériau du futur pour que l’intelligence soit possible ». Les enjeux de la mobilité liés aux véhicules autonomes et aux flux de transports urbains optimisés grâce à l’IA cèdent vite la place dans les débats aux questions de santé sur un territoire dense et pollué. Là encore, la part de la contrainte dans les politiques publiques est largement discutée. Qu’impose-t-on, que laisse-t-on au libre choix de chacun ? Pour le timing des décisions à prendre pour bâtir la smart city, il est question d’accélérer le mouvement écologique tout en prenant du recul... Une attitude a priori contradictoire qui mériterait d’être développée. Mais la convention du futur touche déjà à sa fin et il est temps désormais pour chaque atelier de livrer ses conclusions.

Après une heure de débats, le parti techno-écolo de 2050 a un nom et un programme. Le parti Aristot.e propose l’IA comme mode de gouvernement. « En 2050, l’humain a échoué à enrayer le réchauffement climatique, annonce l’une des rapporteuses. Comme le code informatique sera aussi universel que l’anglais aujourd’hui, nous proposons donc de créer un consortium de développeurs chargés d’alimenter et d’améliorer l’IA pour donner à l’humanité les clés pour résoudre enfin les grands problèmes environnementaux ». Notre libre-arbitre en prendra un coup puisque c’est l’IA qui fixera à chacun sa zone d’habitation pour lutter contre la surchauffe liée à la surpopulation. « Mais il s’agira d’une démocratie directe via une plateforme participative gérée par l’IA », promettent les fondateurs de Aristot.e. Le principe de la contrainte écologique consentie par la majorité revient aussi dans les restitutions des deux autres ateliers. Les groupes de réflexion pour une IA for Earth et la smart city sont unanimes : l’IA sera verte… ou la Terre ne sera plus.