« Il faut banaliser l’accès à la fibre, comme on l’a fait de la distribution électrique ! »

En septembre 2017, le député de la 5ème circonscription des Côtes-d'Armor, Eric Bothorel et sa consœur, Laure de la Raudière rendaient un rapport d’information parlementaire concernant le déploiement du haut débit sur le territoire français. 18 mois plus tard, le député costarmoricain croit toujours aux vertus de la fibre pour le développement économique des territoires.

Il faut banaliser l’accès à la fibre, comme on l’a fait pour la distribution électrique !

En septembre 2017, vous remettiez un rapport parlementaire sur le haut débit, une mise à jour, disiez-vous alors, du Plan Très Haut Débit (ndlr, le Plan France Très Haut Débit, lancé en février 2013, consiste en un investissement de 20 milliards d’euros, dont 3,3 milliards d’euros de l’État, pour déployer les infrastructures du très haut débit sur tout le territoire d’ici 2022). Vous pointiez alors un chiffre marquant : sur les communes de moins de 2000 habitants, moins des deux tiers de la population a accès à internet dans de bonnes conditions. Où en est-on de cette fracture numérique manifeste ?

Ce n'est pas parfait, mais ça va mieux. D'abord parce qu’en revoyant nos indicateurs, on a une cartographie plus précise des zones les plus touchées. Ensuite, grâce au New Deal mobile (ndlr : en 2018, le gouvernement a enjoint les opérateurs de téléphonie mobile d’accélérer le déploiement d’une couverture mobile de qualité sur tout le territoire), on a pu accélérer, tant sur la question d’une meilleure couverture du très haut débit mobile comme fixe, que celle d’une réduction des zones blanches. Les élus territoriaux, en particulier à niveau départemental, se sont particulièrement engagés. Les opérateurs aussi, grâce à la mise en place de quelques milliers de pylônes supplémentaires.

Tout va plus vite grâce à la loi ELAN (portant sur l’évolution du logement, de l'aménagement et du numérique) qui accélère la mise en place de stations radioélectriques. Le délai d’instruction était de 2 ans en moyenne. Aujourd’hui, il est d’un an.
Comprenez-moi bien, il reste beaucoup à accomplir. Mais ça va mieux, aussi parce qu’on a stabilisé certaines technologies qui peuvent se compléter. Vous m’auriez posé la question, il y a 4 ans, j’aurais été moins optimiste. On commence par exemple à disposer d’une 4G fixe qui offre du bon débit, voire du très haut débit. Il faut imaginer notre pays comme une nation où une Gigabit Society serait possible. Il faut banaliser l’accès à la fibre, comme on l’a fait pour la distribution électrique !

Après tout, depuis la loi Numérique de 2016, l’accès à Internet est devenu un droit fondamental...

Oui, effectivement, depuis, on peut avoir accès à Internet. Mais avec un temps de latence conséquent. Avec d'autres collègues députés, nous sommes convaincus que la fibre est la technologie d'avenir. On serait bien en mal de trouver un rival, même en mobile. Les niveaux de fréquence utilisés aujourd’hui par la 5G vont densifier les réseaux. On ne va pas couvrir les zones rurales d’antennes 5G alors qu’on est encore à tirer les câbles pour installer la fibre. On atteint la vitesse de la lumière avec la fibre.

Et quand je lis les retours d'expérience quant au déploiement de la 4G, je doute qu'on ait aujourd'hui une capacité à déployer de la 5G plus rapidement que ce qu'on a fait sur 4G.

Pourquoi insister sur le déploiement de la fibre ? On peut faire bien avec des technologies plus frugales.

Je me bats contre l’idée que les territoires ruraux devraient se contenter de peu.

Mais elles donnent quoi ? 25 mo en upload ? Ces technologies n’ont pas le même niveau de performance que ce que promet la fibre. Du reste, je lutte contre l’assignation à résidence des habitants de territoires ruraux, sous prétexte qu’on n’aurait pas les moyens de déployer la fibre. A terme, il y a le risque qu’on crée une forme de ségrégation des territoires. Dans ma circonscription des Côtes d'Armor, j'ai des porcheries connectées. Elles ont besoin de précision et d’un très bon débit. Je me bats contre l’idée que les territoires ruraux devraient se contenter de peu.

Mais a-t-on vraiment besoin d’une débauche de débit ?

Je suis dans le numérique depuis suffisamment longtemps pour savoir que si on offre demain des services qui nécessitent du 40 ou 100 mégabits, les usages arriveront.

Les industriels misent sur le fait que progressivement, les infrastructures vont suivre ces nouveaux besoins. Si on ne fait pas l’effort de mettre en place ces infrastructures partout, on prend le risque d'assigner à résidence une partie de la population qui n'aura pas le choix et sera obligée de travailler de manière dégradée.

Et cette fracture numérique prendra alors une teinte économique et sociale...

Aujourd'hui, tous les foyers ont l'électricité. Demain, il faudra qu’ils aient tous la fibre, et donc, du très haut débit.

Oui. On ne peut pas avoir pour ambition de lutter contre l'exclusion numérique et en même temps, imaginer une France à deux, trois, quatre vitesses, juste parce qu’il est compliqué de tirer la fibre ou de mettre en place la 5G partout. Aujourd'hui, tous les foyers ont l'électricité. Demain, il faudra qu’ils aient tous la fibre, et donc, du très haut débit.

Hormis dans les foyers, pourquoi le déploiement du très haut débit est-il important ? Des exemples dans votre circonscription ?

Le développement des usages dépend du développement des technologies.

Dans les Côtes d’Armor, nous avons commencé à connecter les services publics. Les hôpitaux ont besoin, par exemple pour de l’imagerie médicale, de volume et de débit. Nous avons des plateaux (ndlr : établissements de soins) dispersés et spécialisés. Il faut qu'ils puissent coopérer, parce qu’un patient va en fonction de sa pathologie, d'un établissement à un autre. Dans le secteur touristique, on propose de la réalité augmentée sur un certain nombre de sites patrimoniaux. Le développement des usages dépendent du développement des technologies.

Dans votre rapport, vous espériez que d'ici 2020, la France entière soit connectée au haut débit, 2022, à très haut débit, et que d’ici 2025, à la fibre. Vœux pieux ?

Pour atteindre la lune, il faut parfois viser les étoiles. Je fais partie de ceux qui disent qu'à horizon 2025, on peut formuler le souhait que la France soit la Gigabit Society, c'est à dire couverte à 100% en fibre. Je ne dis pas que c'est réalisable, ni que c'est faisable. Je pense que c'est souhaitable.

Une fois qu’on a résolu le problème, à savoir garantir un accès à un Internet rapide à tous, a-t-on tout résolu ?

C'est comme si vous aviez une route qui passait devant chez vous, sans que vous ayez le permis de conduire.

Non. C'est comme si vous aviez une route qui passait devant chez vous, sans que vous ayez le permis de conduire. Plusieurs millions de Français ne savent pas bien utiliser les outils numériques. Il y a encore un vrai travail d’acculturation à faire. De la même manière que notre société a été frappée par l'illettrisme, l'illectronisme est une réalité. Il faut accompagner citoyens comme entreprises. Et c’est un travail de tous les jours qui doit émaner de tous, les associations, les tiers-lieux, les entreprises privées.