Ecole d’intelligence artificielle, école régionale du numérique, application de recrutement qui met en avant les soft skills : la région Occitanie donne l’exemple en matière d’inclusion numérique. Regards sur le Numérique est allé à la rencontre des acteurs régionaux qui se distinguent.

Permettre à tous d’augmenter son niveau de qualification, faire correspondre l’offre de formation aux besoins des entreprises et rendre accessibles les métiers du numérique, quel que soit le lieu de vie des publics : telles sont les « marques de fabrique » de l’Occitanie, martèle Emmanuelle Gazel, vice-présidente de la région, en charge de l’emploi, de la formation professionnelle et de l’apprentissage.

Ainsi, dans la stratégie globale de la région en matière de formation et d’emploi, le numérique est perçu tout autant comme un outil qu’une opportunité. Objectif : répondre à la fois aux aspirations des jeunes qu’aux attentes du marché du travail.

Chatbot Anie et École du numérique

Pour y parvenir, la région a mis en place l’an dernier une application inédite en France : Anie. « L’idée était d’avoir un lieu de mise en relation entre apprentis et futurs employeurs, avec un autre paradigme que le seul CV », explique Emmanuelle Gazel. Concrètement, l’intelligence artificielle (IA) confronte les jeunes en recherche d’apprentissage à des mises en situation auxquelles ils répondent grâce à un QCM. De là, l’application établit des profils — par exemple dynamiques, rigoureux... « Les employeurs ont ainsi une autre approche du recrutement, basée sur des soft skills. » De l’artisanat à la multinationale, toutes les entreprises sont intéressées. Preuve en est, la première campagne a permis 2 000 mises en relation, ou « matchs ». Quant aux publics, ils sont variés : beaucoup sont « peu qualifiés » et tous bénéficient, le cas échéant, d’un chatbot leur permettant d’améliorer la présentation de leur CV ou de préparer leur entretien d’embauche.

Certains n’ont pas le bac. La sélection se fait sur la motivation, les aptitudes personnelles au numérique.

Il faut ajouter à cela l’École régionale du numérique, mise en place dès 2015. Il s’agit d’une vingtaine d’antennes de formation de 10 mois, à destination d’aspirants développeurs Web. Ces antennes sont réparties sur les 13 départements que compte la région. « Il est important d’avoir un maillage territorial au plus proche des entreprises », rappelle la vice-présidente de la région. Et les candidatures se multiplient. « Certains n’ont pas le bac. La sélection se fait sur la motivation, les aptitudes personnelles au numérique. Et ça marche : on a d’ores et déjà formé 1 000 personnes, avec de très bons taux d’insertion : 3 mois après, 64 % d’entre eux étaient salariés ! » Quant aux 10 % d’entre eux qui choisissent de poursuivre leurs études, l’école IA Microsoft, implantée l’an dernier, offre une formation intéressante, « en lien avec le tissu économique local et les besoins réels des entreprises », appuie Emmanuelle Gazel.

Des objectifs à venir

Nous allons dans les collèges et lycées pour changer l’image des métiers du numérique, trop souvent vus comme réservés aux garçons.

Cette année, la région veut attirer plus de femmes dans cette École du numérique — elles ne représentent actuellement que 19 % des apprenantes. « On met en place des actions sur l’orientation. Nous allons dans les collèges et lycées pour changer l’image des métiers du numérique, trop souvent vus comme réservés aux garçons. L’évolution des mentalités prend du temps, mais on y travaille ! » assure Emmanuelle Gazel.

Autre ambition de la région : ouvrir cette année la Cité de l’Economie et des Métiers de demain, un lieu consacré à la nouvelle économie, basé à Montpellier, ainsi que, à l’horizon 2020, une Cité des Startups dédiée à l’innovation à Toulouse. Cet écosystème permettra de transférer des connaissances et d’expérimenter des projets concrets. Avec, toujours en vue, les transitions numériques à venir et les métiers de demain. Le but : anticiper, entre autre, l’automatisation partielle à venir de 25 % des métiers selon l’OCDE.

Car l’Occitanie est consciente que le numérique va induire de lourds changements dans les années futures. Emmanuelle Gazel a bien cerné les besoins des entreprises : « Les métiers du numérique nécessitent des recrutements importants, que nous souhaitons mettre en avant. » Pour les promouvoir, la région peut compter sur un ensemble d’événements importants comme la Semaine des métiers du Numérique en Occitanie — Haute-Garonne, à l’initiative de Pôle emploi, qui valorise les secteurs innovants, ou la Mêlée Numérique et sa centaine de conférences, ateliers, tables rondes et démonstrations. Rien de plus normal pour une région où le domaine du numérique représente plus de 63 600 emplois et 16 500 entreprises.