15 / 03 / 2018
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Ils bousculent la transformation des entreprises

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Ils bousculent la transformation des entreprises

Clara Déletraz veut redonner du sens au travail

Au sein de la mission French Tech, créée par le gouvernement en 2013 pour stimuler l’environnement entrepreneurial français, Clara Déletraz côtoie logiquement un grand nombre d’entrepreneurs, à tel point qu’elle finit par se laisser gagner par la fibre entrepreneuriale. En 2014, elle démarre une formation au sein de TheFamily, accélérateur parisien de startups. En compagnie de Béatrice Moulin, une autre participante du programme, elle développe alors l’idée de mettre en place un projet pour aider les individus à retrouver du sens dans leur travail, à l’heure où 91% des salariés français se sentent désengagés.

 

Un an plus tard, après plusieurs formations, une retraite de méditation et deux premiers événements organisés autour du sens du travail, le duo fonde Switch Collective, dont l’objectif est d’aider les travailleurs en mal de sens à inventer une carrière qui leur corresponde, en tenant compte des évolutions récentes du monde du travail.
L’entreprise propose des formations collectives d’une durée de six semaines, permettant aux individus de faire le point sur eux-mêmes et leur carrière, et de les aider à construire un projet répondant à leurs attentes. La formation se dispense en ligne ou physiquement, et n’empiète pas sur les heures de travail, ce qui permet aux actifs indécis d’élaborer une réflexion sans pour autant quitter immédiatement leur emploi. En un petit peu plus de deux ans d’activité, l’entreprise a réuni un réseau de 10 000 personnes et compte à ce jour 1 200 alumni.

Bénédicte de Raphélis de Soissan met les données au service des RH

Après des études de mathématiques à Marseille et une première expérience associative, suivie d’un emploi dans un cabinet de conseil, Bénédicte de Raphélis de Soissan souhaite changer d’horizon, mais n’a pas encore d’idée précise en tête. En quête d’inspiration, elle commence alors à éplucher des CV au hasard. C’est ainsi que lui vient l’idée de lancer un projet autour des ressources humaines. Ce sera Clustree, plateforme lancée en novembre 2013, qui met le traitement des masses de données (le fameux « big data ») au service des ressources humaines. Elle prend dans un premier temps contact avec un grand groupe pour leur proposer de développer l’outil avant de se lancer en solo.

 

Fonctionnant sur le principe du SaaS (logiciel en tant que service), Clustree emploie l’intelligence artificielle pour donner des recommandations aux services de ressources humaines, les aidant à recruter des talents, à gérer l’évolution des carrières en interne et à permettre aux employés d’exprimer au mieux leur potentiel. En se basant sur les données et les algorithmes, Clustree entend proposer des recommandations dépourvues des différents biais discriminatoires potentiels attachés aux décisions humaines. La plateforme est aujourd’hui utilisée dans trente pays différents et a été classée parmi les 100 startups les plus prometteuses d’Europe par le magazine américain Wired. Parmi ses clients, elle compte L’Oréal, Sanofi, Crédit Agricole ou encore Carrefour.

Nathanaël Mathieu, meilleur ami en France du corpoworking

Au début de sa carrière professionnelle, Nathanaël Mathieu a passé son temps à côtoyer des travailleurs nomades. Cet ingénieur de formation a en effet travaillé sept ans dans le secteur du tourisme et du voyage, au sein du groupe d’hôtellerie Accor, puis d’Air France – KLM. Il passe alors beaucoup de temps dans les halls d’hôtel, où il fréquente des travailleurs en transit permanent. À leur contact, germe progressivement en lui l’idée de mettre en place des espaces de travail plus confortables, susceptibles d’accueillir ces nomades modernes. Il lance alors en 2010 Neo-nomade, un site internet permettant de localiser facilement les espaces de travail flexibles à proximité.

 

Souhaitant également aider entreprises et collectivités à imaginer le travail du futur, il créé dans la foulée LBMG Worklabs, plateforme dotée d’une triple mission : accompagner les entreprises à innover dans l’organisation du travail (télétravail, mobilité, collaboratif) ; faciliter le développement d’espaces de travail alternatifs (fablabs, espaces de travail collaboratifs, tiers-lieux) ; et mettre en place des solutions de mobilité et d’immobilier flexible, sur le modèle de Neo-nomade.

 

Télétravail, coworking, tiers-lieux,… jusque-là, rien de bien nouveau sous le soleil. C’est dans le mélange de ces notions que souffle le vent du changement. Connaissez-vous le corpoworking ? Contraction de « corporate coworking », le corpoworking relève de l’entreprise qui met en place un espace de travail à l’intérieur ou à l’extérieur de ses bureaux pour ses salariés, mais aussi pour des entrepreneurs extérieurs. Une manière pour les entreprises de stimuler leurs collaborateurs. En France, c’est chez Orange qu’a fleuri ce nouveau mode de travail. A la Villa Bonne-Nouvelle, depuis 2 ans, en plein cœur du Sentier, quartier parisien particulièrement dynamique, se retrouvent pendant une période de 9 à 12 moins une soixantaine de personnes – collaborateurs d’Orange ou entrepreneurs extérieurs. Ce mode de travail hybride et créatif, Nathanaël Mathieu s’en fait le chantre dès 2015. Depuis, avec LBMG-Worklabs, c’est aux Grands Voisins à Paris qu’il met à l’épreuve avec ses camarades les « nouvelles frontières du travail à l’ère numérique » (pour citer le titre de l’ouvrage éponyme de Patrice Flichy).