18 / 05 / 2018

Intelligence artificielle : combiner business et éthique, le pari utopique ?

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Intelligence artificielle : combiner business et éthique, le pari utopique ?
Romancée et caricaturée, l'économie de l'intelligence artificielle (IA) désignerait les riches méchants sans scrupule d'un côté, et de l'autre, les pauvres gentils impuissants qui se préoccupent de l'humain. Et si l'on cessait de se raconter des histoires ?

Rand Hindi s'exprimant à une conférence TED au Théâtre du Châtelet

« Il faudrait faire attention à ce que la France ne devienne pas une spécialiste de l’éthique en intelligence artificielle quand les Etats-Unis et la Chine font du business ». Le verbe est posé. Antoine Petit, le Président du CNRS s’est exprimé sans retenue lors du sommet AI For Humanity qui s’est tenu le 29 mars au Collège de France. Ce constat impose a fortiori une vision dualiste, pourtant « la France et l’Europe sont des champions de l’intelligence artificielle (IA), nous explique Rand Hindi, le dirigeant de la start-up Snips spécialisé en intelligence artificielle embarquée. Nous allons nous démarquer par notre culture d’une IA éthique respectant notre vie privée ».

Au cœur de ce débat, une question tant éthique que technologique portant sur la capacité d’un algorithme à respecter l’humain et la vie en société. Non contrôlés, non maîtrisés ou encore développés avec des intentions arbitraires, les algorithmes peuvent discriminer, exploiter la vie privée des individus, voire les mettre en danger. Si par exemple l’essor de la reconnaissance faciale incite à de nombreuses opportunités en matière de sécurité, la porte reste ouverte à une nouvelle forme de ségrégation numérique. Il n’est en effet pas difficile de tirer des conclusions alarmantes si une telle technologie se trouve dans les mains d’un régime totalitaire ou xénophobe.

Unslash

L’Europe contre le reste du monde ?

« A travers le Règlement général sur la protection des données (RGPD), l’Europe et la France sont les premiers à réguler l’utilisation des données personnelles, et en faire une protection par défaut pour tous les résidents Européens, poursuit l’entrepreneur. Lorsqu’il entrera en vigueur, le RGPD protégera nos libertés individuelles et notre souveraineté numérique, tout en permettant aux entreprises d’être indépendantes des GAFA » . Une aubaine pour son business qui va à l’encontre des paradigmes de données centralisées, puisque Snips propose via ses outils que les données sensibles ne soient pas transmises sur des serveurs centraux.« C’est ce que l’on appelle le « Edge computing », qui permet de garantir du « Privacy by Design », soit le respect de la vie privée dès la conception d’un service ».

Le député LREM et célèbre mathématicien Cédric Villani explique dans son rapport sur l’intelligence artificielle qu’ « une société algorithmique ne doit pas être une société de boîtes noires ». Traduction : on doit pouvoir regarder dans le détail la manière dont sont réalisées les opérations de traitement de données, ce qui peut alerter les défenseurs du secret des affaires. Un dilemme qui ne trouve pas encore de réponse et qui, on l’imagine bien volontiers, il en trouvera dans la pratique. Confiants, les acteurs européens n’ont pourtant qu’un mot à la bouche : le RGPD deviendra la norme internationale et les acteurs européens en sortiront vainqueurs. Peut-être ne serait-ce encore une fois, sous-estimer le rapport de force.