22 / 05 / 2018

Intelligence artificielle : quelles cartes doit tirer la France ?

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Intelligence artificielle : quelles cartes doit tirer la France ?

C’est une météo plutôt grise qui semble se préparer dans le ciel de l’écosystème de l’intelligence artificielle (IA) en France. Si les intentions du gouvernement d’investir 1,5 milliard d’euros dans le secteur sont enthousiastes, elles ont pour certains été perçues comme un plan de sauvetage visant à rattraper le retard de l’hexagone dans cette folle course technologique. En Chine, ce sont 22 milliards de dollars qui seront investis dans le secteur d’ici 2020. De quoi calmer les ardeurs.

Plus révélateur encore, un article publié dans The Economist classait il y a quelques mois la France au 8ème rang des pays disposant du plus grand nombre de sociétés dans le secteur, devant l’Espagne, et tout juste derrière Israël, pays qui compte pourtant près de huit fois moins d’habitants que dans la patrie des droits de l’Homme.

Former et contenir
Le vent pourrait toutefois tourner, et les conditions sont nombreuses, à commencer par un enjeu d’attractivité. Car certains spécialistes estiment le nombre d’ingénieurs manquants dans le secteur entre 5 000 et 10 000 en France. A date, Les Echos chiffrent à 280 le nombre de start-up uniquement spécialisée dans l’IA en France, auxquelles il faut ajouter le reste du tissu économique qui tend à exploiter des technologies semblables. Autant dire qu’en matière d’intégration, les besoins sont colossaux.

De surcroît, l’excellence de la formation mathématique française et la prise de conscience en matière de transdisciplinarité dans les organismes de formation constituent un terreau fertile pour répondre à ces besoins. En face, les entreprises et les organismes de recherche seront quant à eux contraints de revaloriser les salaires des professionnels non pas au regard de leurs concurrents nationaux, mais des compétiteurs internationaux.

Dépasser la réflexion
Si les Français ne cachent pas leur goût démesuré pour la réflexion et le débat, le temps de semer les graines est venu : qui dit retard dit impératif d’investissement. Mais attention aux écrans de fumée : les géants du web étrangers ont bien l’intention de profiter des talents français comme le témoignent l’ouverture de centres spécialisés en IA. Leur objectif n’est pas tout à fait neutre : capitaliser l’attention en matière d’attractivité de talents en absorbant les start-up émergentes du secteur.

La problématique n’est donc pas propre au secteur de l’IA mais aux acteurs technologiques français et à leur capacité de transformer des start-up en acteurs internationaux indépendants. Par conséquent ce sera soit aux investisseurs français de grandir dans leur approche d’accompagnement, soit aux start-up françaises de séduire des investisseurs étrangers sur des tours de tables bien plus conséquents. Ces sociétés françaises devront également faire preuve de maturité en imposant imposer leurs conditions, par exemple quant à la domiciliation géographique de leurs sociétés. Un point sur lequel le seul environnement économico-culturel français n’est pas déterminant, à moins que la Silicon Valley ne devienne encore plus impossible à vivre.