15 / 03 / 2018
#Pause technique

Pourquoi faut-il apprendre à apprendre tout au long de sa vie ?

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Dans une ère où l’information peut être disponible en quelques clics, où l’esprit de défiance face au savoir règne, plus aucune institution ne peut prétendre détenir le monopole de la vérité. Comme l’a affirmé Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, en janvier dernier : recourir à une « démarche scientifique inspirée par le doute scientifique en permanence » est plus que jamais nécessaire pour la formation de nos générations apprenantes. Adapter le système éducatif aux défis de la société actuelle, une mission que s’efforce de mettre en œuvre le nouveau Conseil scientifique de l’Éducation nationale. Cet organisme consultatif interdisciplinaire a présenté en début d’année cinq axes de travail, dont l’un d’entre eux s’intitule « métacognition et confiance en soi ». Plus simplement : apprendre comment apprendre pour maîtriser plus efficacement le processus d’assimilation du savoir, et mieux se comprendre soi-même.

« Dans le système d’apprentissage existant, ce que l’on apprend en formation initiale, à l’école ou à l’université est considéré comme le bagage qui déterminera tout le restant de sa carrière », regrette Catherine Becchetti-Bizot, inspectrice générale de l’Éducation nationale, et co-rédactrice avec François Taddéi du rapport « Apprendre demain », remis à l’été 2017. « Or nous vivons dans une société où les métiers changent à toute allure, où les personnes peuvent avoir à s’adapter à plusieurs reprises à de nouvelles conditions de travail. Entre rupture et mobilité, la société actuelle force les individus à ne plus se contenter des acquis de leur apprentissage initial. Leurs connaissances doivent être mises à jour en permanence dans un univers changeant où se forment de nouvelles voies d’accès au savoir. » Apprendre à lire, compter, mémoriser, n’est plus suffisant : la machine le fait déjà mieux que nous. Mais l’humain est en capacité de renouveler ses acquis en permanence, de désapprendre un savoir obsolète pour le renouveler continuellement et ainsi s’adapter aux enjeux actuels. Un cheminement intellectuel qui peut aujourd’hui être intensifié par les nouvelles technologiques qui nous entourent.

Pour Catherine Becchetti-Bizot, l’enseignement pédagogique doit être repensé à l’heure du numérique : « Je crois beaucoup au numérique comme la possibilité d’identifier les ressources dont un individu a besoin à l’instant t. Ce n’est pas apprendre pour apprendre, mais davantage : j’ai une difficulté à résoudre un problème, j’ai besoin d’y répondre. Le numérique peut à la fois me permettre de localiser et de trouver la ressource qui convient à mon besoin. Mais toute la difficulté est de savoir utiliser cet outil dans la multiplicité d’informations qu’il met à disposition. » Plus qu’une maitrise technique des outils numériques à disposition, l’apprenant doit pouvoir les appréhender de manière intellectuelle. Pour mieux exploiter les nouvelles technologiques, il faut apprendre à décoder les différents flux d’information, savoir faire le tri dans la masse de ressources brutes pour en dégager des connaissances. Et ce, d’autant plus que l’intelligence artificielle offre aujourd’hui de nouvelles perspectives d’amélioration des parcours d’apprentissage par l’observation et l’analyse de données. Ce processus pédagogique est renforcé par la mise en commun des savoirs dans différents champs disciplinaires, à la manière des encyclopédies coopératives accessibles aux plus jeunes. Il est également au service d’une société plus égalitaire dans l’accès au savoir : apprendre à apprendre, c’est permettre à chaque individu de mieux appréhender les outils qui l’entourent pour former « des citoyens libres de la société numérique ».