12 / 10 / 2017
#MS Experiences 2017

« Si on veut que toutes nos entreprises soient compétitives, la couverture très haut débit est indispensable ! » Interview d'Éric Bothorel, député de LREM

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« Si on veut que toutes nos entreprises soient compétitives, la couverture très haut débit est indispensable ! » Interview d'Éric Bothorel, député de LREM
En septembre dernier, le député Eric Bothorel et sa consœur, Laure de la Raudière ont remis un rapport d’information parlementaire concernant le déploiement du haut débit sur le territoire français. Selon eux, pour le développement économique, la fibre pour tous est une nécessité. Eric Bothorel était de passage à la dernière édition des Microsoft expériences. RSLN est allé à sa rencontre.

Éric Bothorel dans le jardin des Quatre colonnes du palais Bourbon en 2017. crédit : Jean-Luc Hauser CC BY-SA 4.0

RSLN : Quelle était la vocation du rapport ?

Eric Bothorel : Le sujet était de réactualiser le plan France Très Haut Débit tel qu’il était écrit, de faire un instantané de la situation de couverture numérique du pays et de prolonger ce plan en imaginant quel peut être son avenir au-delà de 2022 : notamment en intégrant l’ensemble des connaissances que nous avons en matière de technologies alternatives à la couverture filaire et par la fibre. On a par exemple auditionné Microsoft pour leur logique de TV White Spaces (NDLR : en Afrique pour couvrir en haut débit les zones blanches Microsoft a développé une technologie qui utilise les fréquences inutilisées des téléviseurs).

« Pour tenir le calendrier, il faut qu’on accélère le recrutement et la formation de gens compétents sur la technologie de la fibre »

A horizon 2025, vous visez une couverture de tout le territoire français en très haut débit. On va y arriver ?

Les territoires qui en disposent aujourd’hui déclarent une vraie appétence. Les taux de conversion chez les opérateurs, une fois les zones fibrées, sont au rendez-vous et souvent, au-delà de ce que les opérateurs avaient pu imaginer. Le modèle économique existe incontestablement. En revanche pour tenir le calendrier, il faut qu’on accélère le recrutement et la formation de gens compétents sur la technologie de la fibre notamment. Je suis confiant : le calendrier sera tenu !

« Il ne faut pas que la fibre soit réservée aux entreprises, aux data centers, aux entreprises de la tech »

Combler la fracture numérique, on en parle depuis quelques années déjà. Qu’est-ce qui pourrait enfin permettre une véritable égalité d’accès au très haut débit ?

Le terme de fracture numérique recouvre plusieurs réalités. La fracture numérique commence par un manque de formation sur les outils numériques. Il y a des modèles à inventer en matière de pédagogie. Ensuite il y a une autre fracture numérique, celle de la vitesse, de la technologie en elle-même. Elle a toujours peu ou prou existé, il existe des territoires qui ont constamment bénéficié d’un certain degré de couverture numérique. Ce qu’il faut absolument – et c’est tout l’intérêt du plan fibre en France – c’est qu’elle se développe et se déploie avec un souci d’équilibre territorial. Il ne faut pas que la fibre soit réservée aux entreprises de la tech. Les bénéfices et les opportunités économiques de la fibre dans le monde rural sont nombreux : la smart agriculture, l’e-éducation, l’e-tourisme. Les start-up qui participent à la création du monde de demain en créant de nouvelles applications, en développant de nouveaux usages, émergent de quelque endroit que ce soit du territoire. Et si on veut que nos entreprises soient compétitives, TPE et PME comprises, il faut que les territoires soient couverts. Je ne ferai pas injure à l’histoire. Rappelez-vous que les plus grandes entreprises du numérique sont parfois nées dans un garage. Aujourd’hui, les grandes entreprises de demain sont sûrement en train de naitre à la maison, en SOHO-SOLO (NDLR : programme de télétravail en région), en espaces de coworking ou encore dans les garages. En cela la couverture très haut débit partout est indispensable.

 

Est-ce que dans tout cela ne se pose-t-il pas la question de l’accélération des nouvelles technologies ? Un peu comme Sisyphe, le temps qu’on roule son rocher jusqu’au sommet du mont, on se rend compte que ce n’est plus le bon rocher.

Vous filez la métaphore de Sisyphe. Elle est vraie sur un certain nombre de sujets. Elle l’est un peu moins désormais. Aujourd’hui la fibre est une technologie stable, maîtrisée et qui offre des perspectives de développement et de capacité de transport d’information à très haute vitesse.

« L’Allemagne vient d’annoncer un plan de 100 milliards d’euros pour couvrir son territoire »

D’autre part, aujourd’hui on génère sur la planète en deux jours autant de données que celles générées depuis l’aube de la civilisation. Nous faisons face à une augmentation de trafic très importante mais aussi face à des développements d’usage, parce qu’il y a de plus en plus de personnes qui déploient des outils. L’Etat a fort à faire : en matière législative, il va notamment devoir statuer sur la question de l’éthique, regardant par exemple l’intelligence artificielle. Avec certaines autorités, il est le régulateur du déploiement numérique en France. Chaque pays fait aujourd’hui des choix : l’Allemagne vient d’annoncer un plan de 100 milliards d’euros pour couvrir son territoire. La France a fait le choix – et l’assumera, ça a été redit par le Président Emmanuel Macron et réaffirmé dans le courant de l’été par le Secrétaire d’Etat chargé du numérique, Mounir Mahjoubi – de couvrir le territoire en haut débit, d’ici la fin 2020 et en très haut débit pour tous d’ici 2022. Notre ambition avec Laure de la Raudière est d’écrire la page d’après : la fibre pour tous en 2025, la fiber society!