26 / 06 / 2017
#Compte-Rendu

Médias, musées, monuments : comment le numérique permet de rendre la culture plus accessible

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Robotique, réalité virtuelle, projets collaboratifs de recherche et applications dédiées : à l’occasion du 11e Forum européen de l’accessibilité numérique organisé par l’association BrailleNet, gros plan sur plusieurs projets faisant appel au numérique pour rendre la culture accessible au plus grand nombre.

A la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris, l’association BrailleNet a accueilli le 19 juin 2017 plus de 200 participants pour échanger autour du «numérique au service d’une culture plus accessible», à l’occasion du 11e Forum européen de l’accessibilité numérique. Parmi les questions débattues : comment rendre les médias accessibles ? Quelles sont les innovations marquantes pour découvrir des monuments ? Comment concevoir autrement pour tous ? Plusieurs intervenants ont ainsi dévoilé leurs dispositifs pour répondre à ces problématiques. Tour d’horizon dans trois secteurs : les médias, les musées et les monuments historiques.

Favoriser l’accès aux médias

Comment rendre accessible à tous l’offre de programmes sur le web et à la télévision ? C’est la question soulevée par la Direction Innovations et Développement de France Télévisions. Face à ce défi, le groupe audiovisuel mise sur des projets collaboratifs de recherche. Le premier projet, Media4Dplayer, financé notamment par la BPI et la région Ile-de-France, a été finalisé en juin 2016. Le prototype a d’ailleurs été publié en open source.

«Les recherches menées pendant 18 mois ont permis de défricher 25 innovations techniques offrant de nombreuses possibilités en termes d’accessibilité des contenus de télévision avec des fonctionnalités intéressantes autour de l’audiodescription, de la langue des signes, du sous-titrage ou encore de l’ergonomie», explique Matthieu Parmentier, chef de projet R&D à France Télévisions.

Quatre nouveautés ont particulièrement été «plébiscitées » par les utilisateurs lors de tests, dixit Matthieu Parmentier :

  • Un volume sonore qui permet de dépasser les limites traditionnelles des smartphones pour pouvoir par exemple écouter les vidéos dans des environnements sonores bruyants ;
  • Un réglage du son des dialogues différent de celui des musiques ou des ambiances sonores très utile aux personnes malentendantes ;
  • Une personnalisation des sous-titres (taille, police, caractères) pour favoriser la lecture et mieux différencier dialogues, voix-off et musiques, utile pour les sourds et malentendants ;
  • Un son virtualisé pour une meilleure compréhension sonore de la scène.

Ces quatre innovations feront peut-être partie d’une future version du récent player unique, France.tv, lancé au mois de mai 2017 par le groupe. Le dispositif doit en effet passer en HTML 5 avec la prise en compte de nouvelles fonctionnalités d’ici la fin de l’année 2017, précise Matthieu Parmentier :

«Nous souhaitons montrer l’exemple en termes d’accessibilité pour uniformiser l’expérience de l’utilisateur sur la télévision et le web. Il est temps que le web influence la façon dont nous fabriquons, notamment, le sous-titrage pour la télévision.»

Matthieu Parmentier, chef de projet R&D à France Télévisions DR

Un second projet collaboratif de recherche mené par France Télévisions, « SubTil », vient d’ailleurs d’être lancé au mois de mai 2017 pour une durée de deux ans. L’objectif ? Améliorer le sous-titrage et la langue des signes proposés grâce à un mix de solutions imaginées avec Perfect Memory, expert dans les sous-titrages, Mocaplab spécialiste de la captation de mouvement, et l’Institut Mines-Telecom.

«En France, le sous-titrage des émissions en direct peut accuser entre 7 secondes et 20 secondes de retard, remarque Matthieu Parmentier. Pour rattraper ce décalage pour la version web disponible quelques minutes après la diffusion, nous souhaitons utiliser des ordinateurs avec un logiciel de reconnaissance vocale pour bien synchroniser le programme. Et la reconnaissance d’image va aussi permettre de déplacer le sous-titre puisse en fonction du locuteur.»

Autre piste de développement : les capteurs de mouvement pour donner au signeur l’apparence d’un avatar, par exemple d’un homme politique pendant un débat télévisé, ou encore des héros d’un dessin animé pour les enfants.

Adapter l’accueil des musées à tous les publics

Concevoir des solutions pédagogiques pour tous les publics en partant des besoins de personnes en situation de handicap, c’est le credo de l’association lilloise Signe de sens désirant rompre avec les outils stigmatisants destinés aux personnes en situation de handicap.

«Dans notre société, le handicap est souvent associé à une image fragile, à l’incapacité et à l’inadaptation. Pour nous, le handicap c’est la possibilité de sortir d’une norme en développant des projets différents autour de l’accès au contenu de la médiation dans les musées», souligne Marion Boistel, chef de projet chez Signe de sens.

Après avoir mis en place en 2010 avec succès l’application ludique Muséo répondant au départ aux besoins des enfants sourds pour le musée du Quai-Branly à Paris, la structure a prototypé en 2013 pour le Palais des Beaux-arts de Lille un dispositif sur tablette destiné à favoriser l’accès des enfants autistes avec des animations et des jeux proposés à travers un parcours ludique.

« Sans utilisation de moyens adaptés pour leur faire découvrir une exposition, le musée peut paraître effrayant à leurs yeux», remarque Marion Boistel. Le résultat ? Les 75 enfants – autistes, déficients intellectuels, sourds, précoces et sans handicap – observés lors des tests se sont appropriés la tablette pour la visite grâce aux jeux et aux dessins proposés. «Grâce à des enregistrements d’eye-tracking associés à un bracelet Affectiva, nous savons que le niveau de stress des enfants autistes a baissé», ajoute Marion Boistel.

Depuis cette expérimentation, la tablette est désormais proposée par défaut à tous les enfants visitant le musée. «En partant des besoins d’un handicap, nous pouvons être utiles à des publics beaucoup plus larges», conclut la responsable.

Visiter des monuments historiques malgré le handicap

Comment inclure tous les publics lors des visites de sites historiques et durant leur médiation ? C’est le défi que s’est lancé le Centre des monuments nationaux. Pour concevoir des solutions adaptées, l’établissement public administratif «travaille en partenariat avec l’association des Paralysés de France, la fédération nationale des sourds de France ou encore le Groupement pour l’Insertion des personnes handicapées physiques», explique Alexandra Dromard, adjointe au chef des départements des publics du Centre des monuments nationaux.

Pierre-Yves Lochon, Matthieu Parmentier, Marion Boistel, Maria Olsson, Mariana Back et Alexandra Dromard à la 11e édition du Forum européen de l'accessibilité numérique DR

Et grâce au numérique, un large éventail de dispositifs innovants est ainsi proposé. «Au château de Champs-sur-Marne, nous proposons depuis 2013 des cartels numériques permettant de changer le contraste ou encore d’augmenter la taille du texte. Une nouvelle version améliorée avec les retours des associations partenaires va bientôt être proposée», indique la responsable.

Le Centre des monuments nationaux mise aussi sur la réalité augmentée avec une application de visite de la Villa Savoye à Poissy pour permettre de faire découvrir le site à tous les publics. «L’application de visite existe aussi en langue des signes française», remarque Alexandra Dromard.

Au château d’Oiron dans les Deux-Sèvres, l’option du robot – Norio – a été choisie pour rendre possible la visite du 1er étage inaccessible aux personnes en fauteuil ou à mobilité très réduite : «Les visiteurs peuvent déplacer le robot depuis un poste de pilotage au rez-de-chaussée, voir ce qu’il se passe et même discuter avec les autres personnes présentes sur le site».

Pour répondre aux contraintes de chaque site, le Centre des monuments nationaux n’hésite pas à faire appel à des étudiants ingénieurs, comme ceux de l’ECE pour les «sensibiliser aux enjeux de l’accessibilité» et développer les innovations. C’est ainsi qu’est né le projet de borne numérique qui sera accessible dès le mois de novembre sur le site des Mégalithes de Locmariaquer près de Carnac. L’objectif ? Installer un dispositif à l’abri dans la maison des Mégalithes accessible à tous et regroupant les explications affichées en plein air sur des panneaux, grâce à un casque, du braille ou encore la possibilité d’avoir des gros caractères.

Norio, SubTil, Media4DPlayer… Autant d’initiatives faisant appel à une multiplicité d’acteurs (Etats, collectivités, entreprises, associations) et de technologies et qui laissent présager qu’à l’avenir, le numérique prendra une place de plus en plus conséquente dans l’accessibilité de la culture.