14 / 03 / 2018
#Une brève histoire

Comment la proptech secoue le marché de l'immobilier

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Marché réputé pour son inertie, l’immobilier est aujourd’hui dynamisé par de nombreuses jeunes pousses qui, à l’aide de la technologie, s’attaquent aux casse-têtes administratifs, facilitent la communication entre les différentes parties prenantes, s’adaptent aux nouvelles manières d’habiter la ville et instaurent de nouvelles pratiques high-tech.

De la santé à la finance, en passant par l’éducation et les transports, la technologie chamboule aujourd’hui tous les secteurs, et l’immobilier ne fait pas exception. Souvent considéré comme très traditionnel et peu perméable au changement, le marché connaît depuis quelques années un bain de jouvence, dispensé par de jeunes acteurs qui emploient les nouvelles technologies pour transformer la manière dont on achète, vend et loue des biens immobiliers, mais aussi plus largement celle dont on habite l’espace urbain. Désigné sous le nom de « proptech », ce secteur est aujourd’hui en plein boom.
Selon le cabinet de recherche sur les technologies américain CB Insights, six milliards y ont été investis dans le monde entier depuis 2011, dont 70% au cours des deux années précédentes. 2017 fut une année particulièrement fructueuse, comme l’illustrent les succès de WeWork, entreprise de coworking américaine, qui a levé 4,4 milliards de dollars en août, portant sa valorisation à 20 milliards, ou encore de Compass, une autre startup immobilière américaine qui a levé 550 millions de dollars à la fin de l’année. New York, qui compte un accélérateur spécialisé dans le secteur (MetaProp) et où se tient chaque automne une Real Estate Tech Week, est aujourd’hui à l’épicentre du marché. Mais l’Europe n’est pas en reste. La France et le Royaume-Uni comptent ainsi nombre de jeunes pousses prometteuses.

 

Désintermédier le marché

La proptech est un marché à la fois dynamique et riche, où l’on compte de nombreuses tendances différentes, unies par la volonté de transformer notre rapport à l’habitat. Un premier groupe de startups vise à désintermédier le marché immobilier et à rendre achat, vente et location plus simples pour les différents participants. C’est le cas de la jeune pousse britannique No Agent, qui, comme son nom l’indique, offre aux propriétaires une plateforme pour la promotion et la location de leur(s) propriété(s). Elle les aide à trouver des locataires, vérifie que ces derniers possèdent des ressources financières suffisantes, prépare le contrat de location et s’occupe même de la maintenance de la propriété.

Depuis Boston, LeasePilot entend quant à elle faciliter la création des baux commerciaux. Elle a dans cette optique mis en place une plateforme qui permet à chaque utilisateur de générer facilement un document adapté à ses besoins, dans la langue de son choix. Côté français, la plateforme MyNotary propose une solution clef en main permettant de guider le propriétaire lors des différentes étapes de la vente de son bien. Elle facilite également la mise en relation des différentes parties prenantes (acheteur, vendeur, notaire, banquiers…) et leur communication en temps réel.

D’autres acteurs agissent bien plus en amont. C’est le cas de Clixifix, une plateforme SaaS à destination des entreprises de construction et de leurs clients. Elle permet aux différentes parties prenantes d’un projet d’entrer facilement en contact et de coordonner les efforts en cas de défaut de fabrication et/ou de réparation à effectuer. La jeune pousse française Permettez moi de construire est quant à elle l’option idéale pour se lancer dans un projet de construction sans se préoccuper des démarches administratives. Elle s’occupe de constituer le dossier, d’obtenir le permis, ainsi que des négociations éventuelles auprès de la municipalité.

 

Épouser les dernières tendances

Le marché de la proptech compte également nombre de startups qui suivent les nouvelles manières dont les hommes habitent leurs villes. WeWork, licorne déjà citée plus haut, a ainsi construit son succès en surfant sur la vague du coworking, au même titre que la startup Croissant. D’autres jeunes pousses prennent acte du succès croissant rencontré par les colocations, qui, notamment dans les grandes villes, où les tarifs immobiliers sont souvent prohibitifs, séduisent non seulement les étudiants, mais aussi un nombre croissant de jeunes actifs. La startup Common s’est ainsi spécialisée dans le Coliving, la location de chambres meublées dans des bâtiments collectifs, avec parties communes flambant neuves et organisation d’événements ponctuels. Elle est pour l’heure présente à New York, Chicago, Washington et San Francisco. La start-up française Chez Nestor fait également recette sur ce concept de colocation tout confort, calquée sur le modèle des résidences étudiantes.

Certaines jeunes pousses s’inspirent également de tendances nées du web 2.0. C’est le cas de HappyRenting, qui recycle le concept des notations et commentaires utilisateurs, qui ont fait le succès de plateformes de recommandations pour bars, restaurants et hôtels comme Yelp et TripAdvisor. HappyRenting fait de même pour le logement : la jeune pousse recense les avis et notes attribuées par les précédents locataires d’un appartement pour guider les individus dans leurs recherches.

 

Inventer de nouveaux usages grâce aux technologies de pointe

Mais les acteurs de la proptech ne se contentent pas de suivre les usages, ils en créent également de nouveau, en utilisant les nouvelles technologies. L’un des usages les plus prometteurs réside dans l’emploi de la réalité virtuelle et augmentée pour permettre aux individus souhaitant louer ou acheter un appartement de visualiser les lieux avant de se rendre sur place. De la même manière que le commerce en ligne permet aujourd’hui de visualiser les vêtements portés avant de les acheter. Floored et Matterport se sont toutes lancées sur ce créneau. Le français Solen, de son côté, utilise la réalité augmentée pour mesurer l’ensoleillement d’un bien immobilier tout au long de l’année. Elle décerne ensuite des « certificats de luminosité » aux biens les mieux exposés. Realiz3d ambitionne quant à elle de transformer le marché de la construction à l’aide de l’impression 3D.

Visite virtuelle au casque Shutterstock

2017 fut une année fructueuse sur le marché, et nul doute que 2018 verra également la mise en œuvre de nombreuses idées innovantes. À mesure que la réalité virtuelle et augmentée se développera, de nouveaux usages seront mis en œuvre dans la proptech. L’essor de la blockchain, également, pourrait générer de nombreuses applications révolutionnaires. Fin 2017, plusieurs états américains ont autorisé l’usage du Bitcoin dans les transactions immobilières. La startup Ubitquity mise sur la Blockchain pour stocker les titres de propriété immobilière. Nul doute, donc, qu’un vent d’innovation continuera de souffler sur le marché de l’immobilier.