28 / 05 / 2018
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La Blockchain, au-delà des cryptomonnaies

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La Blockchain, au-delà des cryptomonnaies
Lors de la dernière édition de Collision, à La Nouvelle-Orléans, la Blockchain et ses multiples usages potentiels, étaient sur toutes les lèvres. Petit tour d’horizon.

L’année 2017 a été marquée par le buzz sans précédent généré par les Initial Coin Offerings (ICO). Baptisées en référence aux Initial Public Offerings (IPO), terme anglais désignant les introductions en bourse, il s’agit de levées de fonds en tokens, monnaies digitales hébergées sur la blockchain. Cette base de données transparente, sécurisée et décentralisée, fait aujourd’hui couler beaucoup d’encre. Longtemps réduite à son usage au service des cryptomonnaies, et notamment la plus célèbre, le bitcoin, elle est aujourd’hui considérée comme l’une des technologies les plus novatrices du début du XXIe siècle, susceptible de générer des transformations d’une ampleur similaire à celle d’Internet. Peu étonnant, donc, que lors de la dernière édition de l’événement Collision, à La Nouvelle-Orléans, la blockchain ait été au cœur des débats.

« L’état actuel de la blockchain est comparable à celui d’internet dans les années 1990 »

La plupart des intervenants s’accordent sur un point : la technologie n’en est qu’à ses balbutiements. Dans un récent article Medium, l’investisseur Chris McCann compare l’état actuel de la technologie à celui d’internet dans les années 1990. « La technologie est encore à l’état embryonnaire », a ainsi renchéri Justa Pikelis, cofondateur de Monetha, une jeune pousse qui conçoit un système de réputation pour le commerce en ligne, basé sur la blockchain. « Dans les années 1990, il était impossible de se connecter à internet et de téléphoner en même temps. C’est à peu près le stade où se trouve la blockchain aujourd’hui. Tout comme internet, la blockchain est une plateforme, et à mesure que son efficacité va s’accroître, de nombreux projets vont pouvoir se construire dessus».

Un avis partagé par Brian Behlendorf, directeur exécutif d’Hyperledger, une plateforme en code source ouvert qui vise à faciliter la création d’applications sur la blockchain. Selon lui, nous n’apercevons pour l’heure qu’une infime fraction des possibilités futures de cette technologie. « Aux débuts d’internet, les usages se cantonnaient à faire sur la toile ce que l’on faisait auparavant dans le monde réel. Par exemple, faire du shopping. A très court terme Internet a transformé notre manière de vivre. Et c’est ce qui va se passer avec la blockchain », a-t-il prédit.

« Tous les secteurs où garantir la confiance est aujourd’hui difficile seront donc largement impactés »

Ainsi, si l’attention est pour l’heure focalisée sur les cryptomonnaies, elles pourraient bien n’être que la partie immergée de l’iceberg. « Les usages de la blockchain iront bien au-delà des monnaies digitales », a ainsi affirmé Justa Pikelis. Où se trouve le véritable apport de la blockchain, dans ce cas ? Dans leur livre Blockchain Revolution, Donald et Alex Tapscott affirment que, si internet a largement facilité l’échange d’information, la blockchain va de son côté simplifier l’échange de valeur, en permettant des transactions sécurisées, assurant ainsi la confiance entre inconnus sur la Toile. Cette nouvelle possibilité d’échanger en toute sécurité avec d’autres internautes, sans avoir besoin de connaître leur identité, ni de passer par une plateforme, une banque ou toute autre institution chargée de garantir la sécurité de la transaction, pourrait selon eux changer la face du monde.

Un point de vue partagé par Brian Behlendorf, pour qui la confiance constitue la clef de voûte des diverses applications à construire. « C’est un formidable outil pour garantir la confiance de particulier à particulier, sans avoir besoin de passer par une partie tierce. Tous les secteurs où garantir la confiance est aujourd’hui difficile seront donc largement impactés. Cela inclut la finance, mais aussi tout ce qui tourne autour de l’identité digitale. La blockchain va permettre de prouver qui l’on est, les diplômes que l’on possède, etc. Les conséquences seront également vertigineuses dans la santé. Chacun pourra disposer de ses données personnelles, sous la forme d’un portefeuille digital dont il sera seul à détenir la clef d’accès, et qu’il pourra partager ponctuellement avec son médecin ou son pharmacien. La blockchain assurera l’inviolabilité de ces données, une dimension importante dans un contexte où les piratages sont de plus en plus fréquents ».

Les cryptomonnaies, ou tokens, permettent de créer de la valeur à partir des communautés en ligne, sans passer par la publicité.

La gestion de l’identité digitale, c’est justement le créneau de Monetha qui met la blockchain au service du commerce en ligne, à travers un dispositif permettant aux internautes d’acquérir une réputation fiable. Selon son cofondateur, ce système aurait pour double avantage d’être impossible à manipuler et d’être transférable d’une plateforme à l’autre. Une bonne réputation acquise sur Amazon servirait ainsi également sur Ebay, Alibaba ou Craigslist.

Vers un gouvernement basé sur la Blockchain ?

Mais les usages de la blockchain vont encore au-delà. Ainsi, pour Alex Frenkel, chef de produit chez Kin, une cryptomonnaie développée par l’entreprise de messagerie instantanée Kik Interactive, la fameuse technologie pousse à penser de nouveaux modèles d’affaires sur la Toile. « Les cryptomonnaies, ou tokens, permettent de créer de la valeur à partir des communautés en ligne, sans passer par la publicité. Les utilisateurs peuvent ainsi être rémunérés en tokens pour leurs contributions, les développeurs pour faciliter les échanges entre utilisateurs, et les mineurs pour garantir la sécurité du réseau. On va ainsi voir émerger de nouvelles plateformes susceptibles de concurrencer les monopoles existants », a-t-il affirmé.

"En donnant à chaque diamant une identité digitale sur la blockchain, on pourrait suivre l’intégralité du chemin parcouru par celui-ci depuis son extraction jusqu’à sa vente"

« En donnant à chaque diamant une identité digitale sur la blockchain, on pourra suivre l’intégralité du chemin parcouru par celui-ci depuis son extraction jusqu’à sa vente »

Blockchain is Diamonds’ best friends

En tant que base de données publique et inviolable, la blockchain ouvre également de nouveaux horizons autour de la gestion de la chaîne de valeurs. Pour Brian Behlendorf, l’industrie du diamant serait l’une des premières à en bénéficier. « Il y a une vingtaine d’années, l’industrie du diamant a mis en place le Kimberley Process. Il s’agit d’un standard de traçabilité, visant à certifier qu’un diamant vendu au public n’a pas été extrait dans une zone de guerre. C’est un processus très lourd et centralisé, et la blockchain pourrait permettre de gagner en efficacité. En donnant à chaque diamant une identité digitale sur la blockchain, on pourrait suivre l’intégralité du chemin parcouru par celui-ci depuis son extraction jusqu’à sa vente, et ainsi s’assurer qu’il a été extrait dans de bonnes conditions, tout en limitant les risques de fraude et de contrefaçon ».

Enfin, la blockchain pourrait également transformer la manière dont les gouvernements fonctionnent. « Les états s’intéressent de plus en plus à la Blockchain. L’Inde et le Canada envisagent de fournir à leurs citoyens une identité digitale en recourant à cette technologie, tandis que le gouvernement de Dubaï souhaite transférer l’intégralité de ses fonctions sur la blockchain d’ici 2020. Ils ont débloqué des financements et mis en place une équipe autour de ce projet. Du permis de conduire au paiement des impôts, en passant par les contrats immobiliers, tout serait hébergé sur la blockchain. À condition d’être bien conçu, un tel système permettrait de rendre l’existence des citoyens plus facile tout en protégeant leur vie privée », a développé Brian Behlendorf. Le Bitcoin n’est donc qu’un simple avant-goût.