13 / 07 / 2018
#Pause technique

Lightning Network, l'autre révolution Bitcoin

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Lightning Network, l'autre révolution Bitcoin
Evolution clé du réseau Bitcoin et de son usage en tant que moyen de paiement, Lightning Network promet des transactions instantanées avec des frais négligeables. Développements et tests progressent rapidement.

Si Bitcoin et le code qui en régit le fonctionnement font l’objet de mises à jour fréquentes, Lightning Network (ou « Réseau Eclair ») pourrait en être l’évolution la plus majeure : un procédé radicalement nouveau pour considérablement accélérer les transactions menées sur le réseau, et ainsi imposer la crypto-monnaie comme dispositif de paiement universel.

Bien que fonctionnant sans accroc majeur depuis sa création en 2009, Bitcoin est encore souvent jugé trop lent et inadapté aux micro-paiements. Les transactions, actuellement assorties de frais moyens constatés de 0,19$, nécessitent en moyenne 10 minutes pour être pleinement validées, c’est-à-dire confirmées six fois par le réseau (en pratique, à fortiori pour de faibles montants, 1 à 3 confirmations sont suffisantes, prenant en général une à deux minutes). Des performances acceptables pour certains achats et règlements, mais encore incapables de réellement concurrencer d’autres dispositifs de paiement, notamment les cartes bancaires Visa ou Mastercard.

« La blockchain Bitcoin est intéressante en matière de registres distribués, mais en tant que plate-forme de paiement par elle-même, demeure très loin de pouvoir couvrir les besoins du commerce mondial », estiment ainsi les auteurs du livre blanc décrivant Lightning Network, proposé à la communauté en janvier 2016.

Leur solution, Lightning, s’affranchit de toutes les limites connues pour Bitcoin. « Des paiements effectués sans se soucier des temps de confirmation des blocs, donc avec des vitesses de paiements individuels mesurées en milli-secondes ou secondes ; des millions ou milliards de transactions par seconde ; des frais exceptionnellement bas, autorisant l’émergence de micro-paiements instantanés », décrivent-ils.

Sortir de la chaîne

Concrètement, l’idée est de déporter l’essentiel des transactions off-chain, c’est-à-dire hors de la blockchain Bitcoin. Des « canaux de paiements » sont ouverts entre les parties souhaitant effectuer des transactions en Bitcoin. Celles-ci s’opèrent rapidement et ce n’est qu’une fois qu’elles sont terminées que le résultat final est inscrit sur la blockchain Bitcoin. Ou, comme le décrit le livre blanc : « Les canaux de micropaiement établissent une relation entre deux parties qui effectuent de multiples mises à jour de leurs comptes respectifs. Ce qui est effectivement diffusé sur la blockchain est différé, en une transaction unique qui reflète le solde des comptes entre les parties. »

L’ensemble tire parti des smart contracts, contrats automatisés et programmables établis sur les blockchains, et sécurisant les échanges. En évitant l’inscription de paiements individuels sur la blockchain, Lightning combine ainsi le meilleur des deux mondes. D’un côté une blockchain immuable qui conserve l’historique des transactions (après les avoir validées et confirmées de façon irréfutable), de l’autre des canaux autorisant des paiements ultra-rapides, devenus de simples échanges de données numériques (qui n’ont pas besoin d’être lourdement vérifiés par minage).

Les utilisateurs ayant ouvert des canaux forment ainsi une sorte de réseau virtuel (d’où le nom Lightning Network), leur permettant de s’échanger entre eux des montants de façon efficace. Pour autant, Lightning ne doit pas être vu comme un réseau différent de (ou parallèle à) Bitcoin. « Les canaux de micro-paiement utilisent de véritables transactions Bitcoin ; ce n’est donc pas un réseau se surimposant au réseau Bitcoin – les paiements sont effectués en vrais bitcoins », précisent les auteurs.

De la théorie à la pratique (de l’éclair)

Si la proposition a été favorablement accueillie, Lightning est longtemps resté théorique. Mais les choses se sont accélérées fin 2017. Sous l’impulsion des développeurs Bitcoin et des auteurs du livre blanc, mais aussi d’universités (notamment le MIT) et de plusieurs entreprises (comme Blockstream, Lightning Labs ou la société française ACINQ), la mise en oeuvre concrète de Lightning progresse.

Le MIT a livré en 2017 Lit, un module Open Source permettant de gérer des noeuds Lightning Network, et teste activement les possibilités offertes. En janvier dernier, Blockstream sortait Lightning Charge, un module facilitant le développement d’applications dédiés à Lightning Network (appelées de façon générique Lapps), avant de lancer en mars 2018 Lightning Publisher for WordPress, une application utilisable par les blogueurs pour accepter les micropaiements Lightning sur leur site. De son côté, ACINQ, après avoir développé le premier porte-monnaie Bitcoin/Lightning disponible sur Android (Eclair), a livré fin mai 2018 un module applicatif destiné aux commerçants pour faciliter l’acceptation des paiements via Lightning (Strike). On trouve par ailleurs une demie douzaine de porte-monnaies Bitcoin compatibles Lightning, comme Zap sur le Web, Rawtx sur Android, ou CoinClip et Swift Lightning sur iOS.

A cela s’ajoute les marchands adoptant la solution. Par exemple, TorGuard (fournisseur de services VPN), BitRefill (achat de crédit pour téléphones mobiles), YYBazaar (boutique de vêtements au Japon), Classic Crust Pizza (pizzeria aux Etats-Unis), Living Room of Satoshi (règlement de factures en Australie) ou Ynotek (produits hi-tech neufs ou reconditionnés, en France) acceptent déjà les paiements Bitcoin via Lightning Network. Et l’adoption pourrait s’accélérer. En Lituanie, le processeur de paiements en crypto-monnaies Coingate teste actuellement Lightning et pourrait très prochainement le proposer aux 4000 marchands acceptant déjà Bitcoin par son intermédiaire.

Les early adopters se réjouissent des performances constatées. Début mai, la vidéo d’un utilisateur achetant un café à l’aéroport australien de Brisbane, premier aéroport au monde dont toutes les boutiques acceptent les crypto-monnaies, faisait un carton sur Twitter : un paiement de 4$ acquitté en quelques secondes avec Bitcoin/Lightning, et assorti de frais de 0,00015$.

En attendant le prime time

Pour autant, Lightning est encore loin d’être grand public. Développeurs et commerçants incitent à la prudence, mettant en garde sur le fait que Lightning est toujours expérimental et recommandant de limiter les paiements à de petites sommes.

De fait, la plupart des applications disponibles sont encore en version beta et, malgré de nombreux tests (menés sur un réseau factice comme sur le véritable réseau Bitcoin), Lightning ne peut être considéré aujourd’hui comme pleinement opérationnel.

 

«Lightning est encore une technologie complexe»

 

« Lightning est encore une technologie complexe », reconnaît en mai 2018 Bryan Vu, responsable produit chez Lightning Labs, soulignant que les utilisateurs d’aujourd’hui doivent se familiariser avec des mécanismes et des technologies ardues. Mais il se veut confiant. « Au fur et à mesure que Lightning devient mature, on travaillera à rendre l’expérience utilisateur plus simple, plus intuitive et plus familière. Les usagers géreront leurs comptes, leurs paiements et leurs dépôts sans avoir à comprendre les technologies sous-jacentes, et l’expérience sera moins coûteuse et plus pratique que tous les autres moyens de paiement existants (chèques, cartes de crédit ou argent liquide », anticipe-t-il.

Bien qu’encore en devenir, Lightning suscite sans aucun doute (et légitimement) un très fort intérêt. En janvier dernier, on comptait seulement 89 canaux de paiement Lightning. A peine six mois plus tard, en juin 2018, on en dénombre presque 100 fois plus (8200), témoignant de l’engouement de la communauté Bitcoin et des usagers.

Si Lightning Network doit encore faire ses preuves et devenir plus accessible au grand public, sa généralisation pourrait transformer à tout jamais l’usage de Bitcoin et, peut-être, conduire à une nouvelle ère en matière de moyens de paiement : des paiements décentralisés et sécurisés, sans frais, sans organes de contrôle, sans banques ou établissements financiers – le tout à la vitesse de l’éclair.