29 / 03 / 2017
#Débat

La Présidentielle du numérique : comment accompagner la transformation de l'emploi ?

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La Présidentielle du numérique : comment accompagner la transformation de l'emploi ?
La transformation de l’économie par le numérique entraîne de profonds changements dans le monde du travail : nouveaux métiers, nouvelles organisations, robotisation accrue… Face à ces évolutions, comment repenser le monde du travail ? Comment accompagner les salariés, les étudiants et les entreprises ? Des questions cruciales dont ont débattu les représentants de François Fillon, Benoît Hamon et Emmanuel Macron à l’occasion de « La Présidentielle du numérique », un événement organisé par le collectif France numérique 2017, qui réunit professionnels et think tanks du numérique. RSLN y était.

«La crise de l’emploi existait avant le numérique. La transformation digitale n’en est que le miroir grossissant et l’accélérateur.» Ce constat, c’est David Menascé, l’auteur du rapport La France du Bon Coin, qui le pose. Et il n’est pas forcément partagé par tous :

«Il n’y a pas de disruption au sens d’une perte de repères. Croire que, dans le monde les formes de travail se modifieraient de manière rapide, brutale, significative, c’est inexact, avance Denys Robiliard, député de Loir-et-Cher et membre de l’équipe de campagne de Benoît Hamon. Le CDI reste le contrat de base en France comme aux Etats-Unis. 90% des emplois y sont d’ailleurs en CDI. Mais, cependant, il se passe beaucoup de choses : il y a une inquiétude sur les conséquences du numérique. »

Beaucoup de choses ? Pour Mounir Mahjoubi, ancien président du Conseil national du Numérique et aujourd’hui dans l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, le numérique, en plus d’être un secteur économique à part entière, transforme toute l’économie «de façon complète et radicale». Lionel Tardy, député de la Haute-Savoie et membre de l’équipe de campagne de François Fillon abonde en ce sens :

«Avec le numérique, on a une transformation globale entraînant une vraie révolution industrielle sociétale. Ce n’est pas la première fois que cela arrive, mais avant, ces révolutions se faisaient sur un temps suffisamment long pour être intégrées socialement, économiquement et culturellement. Cette fois-ci, non. Au final, ce ne sont pas les plus gros qui ont mangé les plus petits. Mais les plus agiles qui ont mangé les plus lents.»

Emploi : comment accompagner la transformation numérique ?

Alors que faire ? Pour Valérie Ferret, Public Affairs & Sustainability Director chez Dassault Systèmes, il est essentiel d’«accompagner rapidement cette transformation numérique pour permettre à l’entreprise de créer de la valeur. Et ce sans attendre des moments de crise, car, dans ce cas-là, le problème de la destruction de l’emploi intervient. Avec le numérique, l’industrie doit encore plus se transformer». «Le transfert de valeurs et de compétences avec le numérique crée de l’emploi. Il faut encourager et soutenir ce processus», poursuit-elle.

«Notre rôle en tant que politique est d’accompagner ces changements, acquiesce Lionel Tardy. Il faut agir au niveau de l’Etat, des entreprises et des salariés pour ne pas connaître de destruction d’emplois et une hausse du chômage.»

Pour Lionel Tardy, France doit être en mesure de développer de véritables infrastructures adaptées : «Il faut que l’on ait les artères, le réseau pour pouvoir faire fonctionner cette économie numérique. C’est pour cela que nous souhaitons mettre en place un plan très haut débit le plus rapidement possible. Il faut aussi aller de l’avant avec la 5G.»

Au-delà des infrastructures, le député de la Haute-Savoie prône pour la mise en place de dispositifs fiscaux ou de financements spécifiques :

«Au sein de l’équipe de François Fillon, on souhaite mettre en place un certain nombre d’allègements de charges ou de redirection de financements vers des entreprises, pour pouvoir créer le plus possible d’entreprises de taille intermédiaire, les ETI, qui puissent réellement peser sur une économie qui est aujourd’hui de plus en plus européenne, voire mondiale.»

Mounir Mahjoubi plaide pour sa part pour une simplification des statuts d’activité :

«J’ai été consécutivement ou simultanément indépendant, dirigeant d’entreprise et salarié. A chaque fois, j’étais assigné à des obligations et à des droits différents. C’est une prison de cotiser à plusieurs régimes en même temps. Il est primordial de dépasser les statuts pour rendre plus facile la création, le développement et l’innovation. Qu’on soit sans-emploi, dirigeant ou salarié, chacun doit pouvoir avoir accès à une formation professionnelle garantie et à une indemnisation chômage. »

De son côté, Denys Robiliard défend l’idée d’une « taxe robot », meilleure réponse selon lui à la raréfaction du travail :

«De façon extrêmement concrète, la branche Assurance Maladie est principalement financée par des prélèvements sur le travail. Si le travail diminue avec l’automatisation, comment va-t-on continuer de la financer ? C’est ce que Benoît Hamon a appelé la “taxe robots”, c’est-à-dire un besoin de changement d’assiette du prélèvement.»

Former les plus (et moins) jeunes

S’il a beaucoup été question durant ces moments d’échanges de l’emploi, des propositions concernant la formation – initiale et tout au long de la vie – à ce nouveau monde du travail ont également été abordées. Pour Mounir Mahjoubi, l’école, cette «interface avec le monde», doit par exemple mieux prendre en compte «les nouveaux secteurs économiques et les emplois à pourvoir».

«Un enseignement universel doit être assuré avec des cours de code, d’utilisation de logiciels informatiques. Dès le lycée, ces apprentissages doivent être renforcés», plaide Lione Tardy. Et d’ajouter :

«10% des métiers vont disparaître, liés à la robotisation, et un emploi sur deux va être complètement transformé, donc ça veut dire que la formation des jeunes va vraiment être au cœur de cette révolution numérique.»

Denys Robiliard milite quant à lui pour une utilisation accrue des potentialités éducatives du numérique, pour «pouvoir se former en son temps et en son heure, “à la carte”», bien que cela «ne pourra jamais remplacer le lien entre le formateur et la personne formée».

Mounir Mahjoubi propose par ailleurs un ambitieux plan de formation, une «révolution radicale» :

«Nous, ce que l’on propose, c’est la mise en place d’un droit à la formation pour tous les salariés, mais aussi pour tous ceux qui ne sont pas salariés : les indépendants, les chômeurs de longue durée, les jeunes, et que ces formations soient orientées vers les besoins de demain, et donc notamment le numérique. On ne parle pas ici que des emplois numériques, mais aussi les emplois transformés par le numérique.»

Enfin, Lionel Tardy rappelle que la politique numérique du futur gouvernement ne pourra, pour être efficace, qu’être menée de façon transversale. Ce qui passe, selon lui, par la création d’un «conseil numérique à l’Elysée» et par la nomination d’un «haut-commissaire à la transformation numérique». L’objectif affiché ? Transformer la France en une «smart nation» et s’imposer comme «la première puissance économique européenne d’ici 10 ans».

Si le numérique est loin d’être au cœur de la campagne présidentielle, nul doute que certaines idées, elles, sont bel et bien présentes, et n’attendent qu’à être débattues par les candidats eux-mêmes.