02 / 01 / 2017
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Politique et réseaux sociaux : à quoi ressemble la vie numérique d'un élu ?

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Comment communique-t-on sur Facebook, Twitter ou Instagram lorsqu’on est un élu ? Que disent-ils (et pourquoi) ? Les réseaux sociaux sont-ils un simple outil de communication ou le marqueur d’une véritable évolution de leur rapport aux citoyens ? Plus encore : les réseaux rebattent-ils les cartes du jeu politique ? RSLN a rencontré plusieurs élus pour échanger autour de ces questions. Regards croisés sur leurs vies numériques.
Réflexions et confessions de plusieurs élus autour de leur utilisation des réseaux sociaux.

Comment en sont-ils venus à utiliser les réseaux sociaux ?

« J’ai découvert les réseaux sociaux comme tout le monde, par le bouche-à-oreille ! » Cette réponse, formulée à l’identique par la députée (PS) des Côtes d’Armor Corinne Erhel comme par Bruno Le Maire, député (LR) de l’Eure, pourrait finalement s’appliquer à chacun des élus que nous avons interrogés.

Tous en ont entendu parler dans leur entourage, et ont décidé de se lancer, « pour voir » – dès 2007 sur Facebook pour les early adopters, dès 2009 sur Twitter. Avec tout de même quelques disparités, tant dans ce qui les a motivés que dans l’usage qu’ils font des différentes plateformes.

Pour certains, comme Lionel Tardy, député (LR) de Haute-Savoie, qui a ouvert son compte Facebook dès le lancement de la plateforme en France, le constat était clair:

« Je n’avais pas d’autre solution pour communiquer. C’est mon activité politique qui m’y a amené, sinon je n’y serais probablement pas allé. Je ne vois d’ailleurs pas que ce j’y mettrais ! »

Pour d’autres, comme Laure de la Raudière, députée (LR) d’Eure-et-Loir, la démarche ne s’est pas imposée de façon évidente, et a été le point de départ d’un vrai questionnement : « J’ai dû ouvrir mon compte au début de l’année 2008, avec une certaine appréhension : était-ce vraiment la place d’un député ? On peut en rire aujourd’hui, mais la question se posait à l’époque ! »

Un questionnement que l’on retrouve dans la pratique que les élus ont des réseaux, à l’instar de Laurent Grandguillaume, député (PS) de la Côte d’Or : « J’ai mis plus de temps à me mettre à Twitter, parce qu’au départ je ne voyais pas l’intérêt. J’ai commencé à en voir de bons usages à l’époque du Printemps arabe, mais aussi pour tout ce qui est partage de positions, d’opinions. »

Comment gèrent-ils leurs comptes ?

Tout dépend, à la fois du nombre de personnes dans leur équipe, et de la façon dont ils abordent la question de l’expression personnelle dans ces agoras 2.0.

Bruno Le Maire, par exemple, avoue ne pas alimenter son compte Facebook lui-même : « Le seul réseau public que j’utilise moi-même est Twitter. C’est le cas depuis que j’ai ouvert mon compte en septembre 2011. » Durant la primaire de la droite et du centre, son équipe de campagne, Avec BLM, se chargeait de relayer l’activité du candidat sur les autres réseaux sociaux.

Laure de la Raudière, qui possède deux comptes sur Twitter, fait elle aussi partie de ceux qui délèguent : « Je gère moi-même mon compte @lauredlr. J’ai un autre compte, @TeamLauredlr, dont s’occupent mes équipes, et qui permet de faire des live-tweets de certaines émissions médias, ou de faire l’annonce de mes passages médiatiques. La gestion de ma page et de mon compte Facebook est partagée. »

A l’opposée du spectre, Lionel Tardy, qui possède une équipe « restreinte » de trois personnes autour de lui, donne de sa personne pour assurer sa présence sur les différentes plateformes, en plus de son blog :

« Je fais tout moi-même, j’écris, je poste, je prends les photos… Si j’assiste à un événement, je live-tweete le discours, je poste des photos… Et je recommence à l’événement suivant ! »

Corinne Erhel fait elle aussi partie de ceux qui gèrent tout eux-mêmes : « Je fais la veille, je réponds aux commentaires, j’écris, je poste, je fais les photos avec mon smartphone… J’y passe d’ailleurs beaucoup trop de temps par jour ! » La députée y tient : « Quand on est un élu, je considère que c’est mieux d’écrire soi-même, sinon il n’y a pas d’intérêt. »

Même son de cloche du côté de Laurent Grandguillaume :

« Le fait de tout gérer seul est un choix : je me dis que ce qui intéresse les gens sur les réseaux, c’est davantage une position, une expression de la personne, plutôt que d’avoir des liens Internet qui renvoient sur ce que fait la personne à un instant T, comme dire ceci ou cela dans une émission politique, qui sera de toute façon repris par la suite. »

Quid de la violence verbale ?

Une expression personnelle qui peut parfois faire l’objet d’attaques particulièrement virulentes sur les réseaux sociaux, comme en témoigne Laure de la Raudière:

« C’est souvent le cas, d’ailleurs, après une émission de radio de grande écoute par exemple. Je reçois beaucoup de tweets qui disent « ta gueule » – pour les plus polis –, mais certains sont aussi de véritables injures ! »

« C’est vrai, les réseaux sociaux peuvent être violents, reconnaît Bruno Le Maire. Mais c’est surtout le cas quand les personnes s’expriment sous pseudonymes : il est évidemment plus facile – ou lâche – d’insulter anonymement que lorsqu’on affiche son véritable nom et sa photo comme sur Facebook. »

« Cela m’est arrivé lors de la bataille entre François Fillon et Jean-François Copé pour la présidence de l’UMP, se souvient quant à lui Lionel Tardy. Ayant clairement affiché mon soutien à François Fillon, j’ai subi des attaques auxquelles j’ai répondu le plus calmement possible. Cela ne sert à rien de répondre fermement ou de rentrer dans la polémique, cela ne fait qu’envenimer les choses… »

Un constat partagé par Corinne Erhel : « Quand vous répondez à des commentaires insultants, que ça soit à l’égard de ma personne ou de la politique que je soutiens, ça entretient la polémique. C’est donner à ces commentaires de l’importance, et la machine s’enclenche… »

L’élue n’est pour autant pas dupe : « Plus généralement, je considère que cette violence fait partie d’une société qui se radicalise de plus en plus, tout du moins dans les propos. » Une analyse que complète Laure de la Raudière :

« Je pense que tant que les politiques n’auront pas un comportement plus exemplaire, et surtout qu’il n’y aura pas un résultat probant sur les politiques menées en France, cela ne va pas aller en s’arrangeant. »

« Entre insultes et menaces, on finit par se construire une carapace, on éteint le portable et on attend le lendemain. Je dirais même plus : quand on exerce une fonction politique, c’est normal voire conseillé de s’endurcir, car on en prend vraiment « plein la gueule » ! », résume Laurent Grandguillaume.

Qu’est-ce que les réseaux sociaux leur apportent dans leur travail ?

Là aussi, la réponse est unanime : davantage qu’un simple outil de communication politique dans l’air du temps, les réseaux sociaux ont déjà, pour certains, sont en train, pour d’autres, de bouleverser le rapport qu’entretiennent les élus avec leurs concitoyens. Comme en témoigne Lionel Tardy, députée de Haute-Savoie :

« Avant, sauf à lire le journal du député annuel envoyé par courrier, les gens n’étaient pas au courant de l’activité de leur parlementaire. Aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux, ils savent ce que l’on fait, où l’on est, ils peuvent suivre notre activité en continu. »

Bruno Le Maire, pour sa part, tient mordicus à maintenir un « échange permanent » avec ses administrés : « La plupart des personnalités publiques utilisent les réseaux sociaux uniquement comme une vitrine, avec une parole descendante. Ce n’est pas du tout ma conception. »

Le député a fait le calcul : « Les réseaux sociaux me permettent d’échanger sans filtre avec les citoyens, comme lors de mes meetings, mais à plus grand échelle. Par exemple, en une heure de Facebook Live, on peut toucher 16 000 personnes, de toute la France, soit autant qu’en seize meetings ! »

Une proximité démultipliée qui modifie profondément la façon dont les politiques communiquent avec leurs administrés, comme le remarque Laurent Grandguillaume : « Je peux entrer en contact avec des personnes que je ne rencontrerais pas autrement, des gens qui ne prendraient pas forcément rendez-vous avec moi mais qui, en revanche, n’hésitent pas à m’interpeller sur les réseaux à propos de tel ou tel sujet. »

Ce qui peut, parfois, les amener à réajuster le tir, à l’instar de Corinne Erhel:

« Ça m’est arrivé récemment, sur le dossier de l’extraction du sable coquillier dans ma circonscription. Un internaute a relevé un point contradictoire sur les réseaux sociaux, ce qui m’a permis de me rendre compte que je n’avais pas été assez claire dans mes explications. C’est toujours intéressant d’avoir ce type de retours ! »

« Pour un politique, les réseaux sociaux sont formidables, conclut Laure de la Raudière : cela permet de nous exprimer nous-mêmes, sans filtre, sans journaliste qui reformule ce que vous dites… Internet et les réseaux sociaux permettent à chacun d’avoir une audience, y compris pour des élus peu ou pas connus. »

BONUS : découvrez les faits d’armes des politiques sur les réseaux sociaux

#EPICFAIL

Laure de la Raudière : « J’ai le souvenir d’un fail mémorable sur les réseaux, mais je ne vous le dirai pas ! J’en ai encore trop honte… Mais je vous assure que ce n’était pas un DM fail ! »

#FAIL

Bruno Le Maire : « Lorsque Le Point m’a demandé ce qu’était un youtubeur et que je n’ai pas su répondre. Je connaissais évidemment Youtube, mais pas ce terme ! J’ai eu droit à une séance de rattrapage depuis avec mon fils aîné. »

#MINIFAIL

Laurent Grandguillaume : « Peut-être parfois une faute qui passe, quand le correcteur orthographique fait des siennes, ça peut arriver ! »

#NSPP

Corinne Erhel ne se souvient ni d’un fail ni d’un fait d’armes mémorable.

#WIN

Lionel Tardy : « J’avais tweeté l’audition à huis-clos de Raymond Domenech lorsqu’il était revenu la queue entre les jambes du Mondial en Afrique du Sud. Résultat, j’ai gagné 6000 followers en une journée. »