19 / 02 / 2018
#Une brève histoire

Quelles solutions contre les fake news ?

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Quelles solutions contre les fake news ?
Elles inondent les réseaux sociaux et abiment la crédibilité journalistique. Les fake news sont un fléau avéré, qui inquiètent et font réagir les gouvernements. Comment lutter contre une désinformation chaque jour plus sournoise et mieux organisée ?

Fake news. L’expression paraît simple – littéralement de “fausses nouvelles ou actualités”. Elle recouvre pourtant une réalité complexe qui s’est imposée, en particulier ces deux dernières années, au coeur du débat public. Remettant en cause le fonctionnement des réseaux sociaux, questionnant la crédibilité de médias établis, ébranlant même au passage le processus démocratique, la fake news forme une réalité aussi inquiétante qu’incontournable – au point d’être désignée “mot de l’année 2017” par le dictionnaire britannique Collins.

 

Quand “fake” rime avec “politique”

Ce dernier en donne une définition générique : “une information fausse, souvent sensationnelle, déguisée en forme d’actualité”. Si le procédé est loin d’être nouveau (on en trouve des exemples dans l’Antiquité), il prend un autre sens – et une ampleur sans précédent – à l’heure des réseaux sociaux et de l’actu sur mobile, où tout se partage d’un clic et se diffuse à la vitesse de la lumière.

Et quand elle s’applique à la chose politique, la fake news est particulièrement pernicieuse et dangereuse. En janvier 2018, le parti républicain américain remettait des récompenses fictives, les “Fake News Awards”, aux pires fausses nouvelles publiées par de grands médias, le plus souvent défavorables au Président Trump. Comme pour insinuer le doute et amoindrir encore un peu la confiance du public envers les médias. Le tout sur fond d’un scandale politique qui secoue l’Amérique depuis plus d’un an, relatif à la possible manipulation de l’électorat par des interventions russes lors de la présidentielle de 2016. Pour le juge en charge du dossier, inculpant 13 ressortissants russes pour “ingérence” en février 2018, la méthode employée pour nuire à Hilary Clinton était savamment orchestrée : vraie-fausse agence de presse (dotée d’un budget de “plusieurs millions de dollars”), faux comptes Facebook et Twitter (assortis de dizaines de milliers de followers), et diffusion massive de fausses informations défavorables à la candidate opposée à Trump. De vague nuisance, la fake news serait-elle devenue une véritable arme politique ?

Si l’effet concret sur l’élection américaine sera toujours difficile à prouver, la méthode et son principe sont suffisamment inquiétants pour amener à agir.

 

De nouvelles lois

De fait, plusieurs pays ont pris les devant, à commencer par l’Allemagne, où une toute nouvelle loi, baptisée “Netzwerkdurchsetzungsgesetz”, est entrée en vigueur au 1er janvier 2018. Utilement abrégée en “NetzDG”, la loi entend inciter (voire contraindre) tous sites Web à supprimer de leurs pages propos haineux, fake news et autres contenus illégaux. Les sites doivent agir dans les 24 heures suivant la découverte de contenus “manifestement illégaux”, et peuvent encourir des amendes massives, allant jusqu’à 50 millions d’euros.

En Italie, à l’approche des élections législatives, le gouvernement vient de mettre en place une “task force” dédiée aux fake news, assortie d’un site où les internautes peuvent signaler à la police les informations qu’ils jugent erronées.

En France, le gouvernement semble également bien décidé à agir. La “loi de fiabilité et de confiance de l’information” est prête, et comportera trois volets : la possibilité pour le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de suspendre ou révoquer la convention d’un média jugé sous l’influence d’un Etat étranger, l’obligation d’une plus grande transparence de la part des réseaux sociaux quant aux contenus sponsorisés et, enfin, la possibilité pour le public de saisir un juge des référés “pour faire cesser la diffusion massive et artificielle d’une fausse nouvelle”.

Si l’arsenal législatif et judiciaire s’enrichit donc, il n’est pas certain qu’il soit suffisant, ni qu’il soit simple à appliquer. Décider ou non qu’une nouvelle est “fausse” peut s’avérer une tâche très ardue et, à l’inverse, une trop grande sévérité serait susceptible de nuire à la liberté d’expression et à la richesse du débat public.

Comment lutter ?

Quoi qu’il en soit, les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter, mais aussi YouTube et d’autres, sont sur la sellette. Suite à l’inculpation des ressortissants russes, Facebook reconnaissait “devoir faire davantage pour éviter de futures attaques”, et annonçait le doublement cette année de ses effectifs en charge de la sécurité (de 10 à 20.000 personnes). Et pour la première fois, en Italie, le réseau social disposera d’une équipe dédiée à la chasse aux fake news. Une démarche proactive, menée sous forme d’expérimentation, en principe jusqu’à la fin de l’année 2018. De son côté, Twitter, tout en confirmant son intention de collaborer avec les autorités pour lutter contre ces « pratiques intolérables” nuisant à la démocratie, rappelait que “les entreprises de technologie ne peuvent, à elles seules, vaincre ces menaces d’un genre nouveau”.

Bien que le problème fasse l’objet d’une médiatisation récente, beaucoup d’initiatives ont déjà tenté d’apporter des solutions. De nombreux sites sont entièrement dévolus à traquer rumeurs et canulars et jauger la qualité des informations qui inondent la Toile. C’est par exemple le cas de Snopes, créé en 1994, ou de FactCheck.org, lancé aux Etats-Unis par l’université de Pennsylvanie, avec pour mission de vérifier la véracité des propos tenus par les hommes politiques de tous bords. Les médias, concernés aux premiers chefs, disposent de leurs propres outils et s’organisent pour mieux lutter contre la diffusion mondialisée des fausses informations. L’initiative Fact-checking Network du l’Institut Poynter prend la forme d’un réseau international de médias (IFCN), tous signataires d’une charte relative à la vérification des informations établie en 2016, et autorisés à aider Facebook à lutter contre la propagation des fake news.

D’autres solutions, basées sur des technologies récentes, pourraient aider. C’est notamment le cas des blockchains, formant des registres immuables et partagés pouvant faciliter les vérifications et accroître la transparence. Le projet Po.et, assorti de sa propre crypto-monnaie, repose par exemple sur la création d’un ambitieux outil de traçabilité de l’information : tout article, billet de blog ou fichier de toute nature est horodaté et sourcé dès sa publication, les méta-données afférentes (origine, auteur, license d’utilisation…) étant inscrites dans la blockchain. Une démarche pouvant permettre de vérifier l’authenticité des informations, via un dispositif automatisé et fiable. Autre exemple, DNN (Decentralized News Network), également basé sur une blockchain, vise à former un réseau décentralisé facilitant la publication d’informations vérifiées par le public lui-même. Reposant sur la blockchain Ethereum, le dispositif mettra en relation fournisseurs de contenus et validateurs, financièrement incités, via un token dédié, à éliminer les informations erronées ou partisanes.

 

Le problème est complexe et sa solution ne pourra sans doute être trouvée que via un savant mélange de législation, technologie et bonnes pratiques. Car après tout, le problème des fake news n’est pas tant leur fabrication que leur diffusion, pour laquelle tout internaute a sa part de responsabilité.