29 / 06 / 2017
#Regards croisés

Smart city : la technologie peut-elle aider la ville à être moins dure ?

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Big data, IoT, géolocalisation… Pour ses habitants, les technologies liées à la smart city sont une véritable source de promesses d’améliorations de la vie quotidienne. Mais qu’en est-il des populations les plus fragiles, comme les personnes sans domicile fixe ou les réfugiés ? Lors du festival Futur en Seine 2017, des membres d’associations sont venus présenter leurs projets et leurs réflexions. Gros plan sur Youth Homeless DataBank, Ushahidi et Refuhelp.

La vie urbaine peut être dure, violente même, en particulier pour les populations marginalisées, que ce soit au cœur ou en périphérie des villes. Et si la promesse de la smart city est d’utiliser les technologies numériques pour améliorer la vie quotidienne de ses habitants, peut-elle aussi aborder des problèmes comme la précarité et les inégalités ? C’est en tout cas l’ambition de plusieurs start-up de l’écosystème «Tech For Good», qui utilisent à plein les nouvelles technologies pour essayer de faire une différence et de rendre nos villes moins dures.

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Fabrizio Verrecchia via Pexel CC0

Youth Homeless DataBank : des données pour aider les jeunes sans domicile fixe

Car aujourd’hui, les différentes approches de la smart city ne paraissent pas spécialement aller dans le sens d’un adoucissement de la ville pour les personnes marginalisées. «Les approches très top-down au cœur de la plupart des projets de smart city ne facilitent pas les interactions des citoyens avec la smart city pour la recherche du bien commun», constate par exemple Gaia Marcus, du Centrepoint Youth Homelessness Databank à l’occasion d’une table-ronde dédiée à ce sujet qui s’est tenue pendant le festival Futur en Seine 2017.

«Pourtant, poursuit-elle, les techniques de la smart city peuvent être utilisées de façon plus inclusive pour s’assurer que les populations marginalisées fassent pleinement partie de la vie de la cité.»

Ainsi, la Youth Homeless DataBank collecte des données sur les jeunes sans domicile fixe afin d’obtenir une carte précise et mise à jour de la situation, et de fournir aux ONG, collectivités locales et programmes sociaux de précieuses informations pour mieux appréhender le phénomène et adapter leurs réponses.

Ushahidi : une boîte à outils pour que les équipes de terrain disposent de données

Autre exemple d’utilisation des données pour améliorer la situation des personnes marginalisées dans les villes avec Ushahidi. Cette plateforme de crowdsourcing de données est utilisée dans plus de 100 situations de crises différentes, notamment par des organisations locales à Los Angeles pour documenter la localisation de SDF et ainsi mieux cibler les actions d’aides à ces populations. «Le modèle de Ushahidi est d’offrir ses outils aux ONG, qui les utilisent alors pour collecter les data dont elles ont besoin, grâce à l’aide des acteurs de terrain», explique Anna Iosif, développeur pour cette start-up du secteur de la « Tech for Good ».

Mais attention, selon elle, à ne pas oublier la question de la privacy:

«Il n’est pas toujours nécessaire de collecter les identités des personnes, il vaut même mieux l’éviter si ce n’est pas absolument nécessaire, car ces données peuvent être utilisées dans des buts moins louables.»

«Lors de projets impliquant la collecte de data personnelles, il est d’ailleurs toujours préférable de prévoir une manière rapide et efficace d’effacer ces data en cas de danger», précise-t-elle. Une mesure d’autant plus nécessaire lorsqu’une ONG travaille dans un pays sous un régime autoritaire ou dictatorial.

Refuhelp : aider les réfugiés dans leur quotidien

Autre participant à cette table ronde, Erick Mbairamadji Gaou, développeur Web pour Refuhelp, a mis au point une application mobile à destination des réfugiés arrivés en France, et pour lesquels le smartphone est essentiel. «C’est une boussole et un lien avec leur pays d’origine», explique le développeur. Cette application, utilisable hors ligne, offre des informations parfois difficiles à trouver pour les réfugiés qui arrivent dans un pays qu’ils ne connaissent pas et duquel ils ne maîtrisent souvent pas la langue : où dormir, où manger, quelles sont les procédures de la demande d’asile, etc.

Lui-même réfugié et formé au code grâce au programme Refugeeks de Simplon.co, Erick Mbairamadji Gaou souhaiterait ensuite participer à la dématérialisation des formulaires administratifs, ce qui éviterait à des centaines de réfugiés de dormir devant les portes des préfectures dans le simple but de retirer un formulaire papier.

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DrCartoon via Pixabay CC0

Quelles bonnes pratiques pour une « Tech for Good » efficace ?

Mais au-delà de « l’idée », comment s’assurer qu’un projet aura bien un réel impact ? Pour Gaia Marcus, il faut avant tout aller à la rencontre des personnes ciblées. Car une bonne idée dont la cible n’a pas besoin… n’est pas une bonne idée. Ensuite, il faut définir les parcours utilisateurs (quelles sont les informations que la personne doit renseigner ; quelles sont les données récoltées, etc). Enfin, il faut selon elle proposer un maximum de canaux de communication, afin d’être sûr que le canal qui est véritablement utilisé par le public cible sera couvert.

Autre domaine d’amélioration selon les participants : la formation des membres des ONG, pas toujours au fait des bonnes pratiques numériques, en particulier parmi les seniors. Une manière d’augmenter l’efficacité des actions menées, mais aussi de réduire certains risques, par exemple celui de vol de données personnelles.

Au final, les outils technologiques utilisées dans le cadre des smart cities ne sont ni bons ni mauvais en soi pour les populations les plus fragiles. «Tout dépend de l’usage… et des intentions», conclut Gaia Marcus. Et Refuhelp, Ushahidi et Youth Homeless Databank sont autant de preuves qu’une ville plus inclusive grâce au numérique et bel et bien possible. Reste désormais à savoir dans quelle mesure les pouvoirs publics comptent les intégrer à leurs réflexions et à leurs actions sur le sujet.