22 / 06 / 2017
#Regards croisés

Véhicules autonomes : où en est-on réellement ?

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Entre véritables avancées et vœux pieux, où en est le secteur des véhicules autonomes ? Etat des lieux à l’occasion du festival Futur En Seine 2017.

Du stationnement autonome, déjà disponible sur certains véhicules, aux voitures et transports en commun sans chauffeurs, l’automatisation des véhicules n’est plus de la science-fiction. Mais où en est-on véritablement aujourd’hui ? Comment distinguer promesses et réalités ? Qu’est-ce que cette évolution implique pour les villes ? Autant de questions sur lesquelles ont échangé les invités de la table ronde « Véhicules autonomes : où en est-on réellement en 2017 ? » à l’occasion du festival Futur En Seine. RSLN y était.

«Le changement de paradigme en cours aura un impact monumental sur les villes, de leur organisation aux financements des collectivités locales». Pour Jean-Louis Missika, Adjoint à la Maire de Paris, chargé de l’urbanisme, de l’architecture, du projet du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité, cette (r)évolution n’est clairement pas à prendre à la légère. Et c’est dès à présent qu’il faut se poser la question de la transformation de l’espace public.

Car comment repenser la ville et une partie de son financement à l’heure où les voitures autonomes n’auront plus besoin de stationner ? Comment éviter l’encombrement des voies du fait de « véhicules zombies » ne transportant plus de passager ? Comment repenser les transports en communs en conséquence ?

Les véhicules autonomes, entre avancées et vœux pieux

Malgré les vidéos futuristes et les grandes déclarations des certains acteurs du secteur, les expérimentations n’en sont pas à des stades aussi avancés que ce qui est mis en avant, nuance Raoul de Charrette, chercheur en vision par ordinateur à l’Inria. Ainsi, peu d’instituts ont des prototypes sur lesquels ils travaillent réellement, et la plupart des projets actuels fonctionnent assez peu en environnement ouvert.

Selon lui, on peut distinguer aujourd’hui 3 stades d’avancement des véhicules autonomes :

  • Leur évolution dans des infrastructures très contrôlées (testée depuis les années 90) ;
  • Leur circulation dans des environnements urbains ;
  • Leur autonomie dans des circonstances complexes (avec par exemple le non-respect du code de la route) et la nécessaire mise en place de programme de conduite « osée » pour pouvoir se déplacer (par exemple dans certaines agglomérations comme Paris).

Aujourd’hui, nous serions pour Raoul de Charrette au deuxième stade. Et pour atteindre le troisième, les défis à relever restent encore nombreux. En particulier dans le domaine – primordial s’il en est – de la perception, par exemple dans le cadre de la reconnaissance des piétons par les véhicules autonomes :

«Les ordinateurs ont en effet encore du mal à reconnaître certains « objets » lorsque l’angle qu’ils présentent est différent, ou en cas d’occultation partielle de ces objets.»

Sur ce sujet, la France est d’ailleurs loin d’être en retard, avec des travaux de recherche très avancés et des constructeurs automobiles fortement investis dans le domaine. Des expérimentations en milieux contrôlés ont ainsi lieu depuis des années. Mais le chercheur regrette cependant que les autorités n’accordent encore qu’au compte-goutte des autorisations pour tester les prototypes en milieu ouvert.

vehicules autonomes

Denys Nevozhai via Unsplash CC0

Quid des transports en commun ?

Les véhicules autonomes ne concernent pas seulement les voitures personnelles ou partagées : les transports en commun aussi seront profondément bouleversés par les avancées de l’IA et de l’automatisation. Pour Christine Peyrot, Directrice Marketing & Commerciale au département des Systèmes de transport autonomes de Transdev, «le véhicule autonome est un levier pour améliorer globalement la performance de nos systèmes de transport, qu’il s’agisse de sécurité, de flexibilité des services, de disponibilité et de fluidité de la circulation».

Premiers axes de développement : la desserte en centre-ville – avec des navettes en zone piétonne, à l’instar de celle expérimentée à Issy-Les-Moulineaux – et les services dits « du dernier kilomètre », pour un maillage plus fin que celui permis par les transports en commun actuels. Et Christine Peyrot d’ajouter : «les collectivités locales et les sociétés de transport doivent être au cœur de ces réflexions, pour une bonne intégration du véhicule autonome dans les transports publics».

Au-delà des véhicules autonomes, la question des infrastructures

Si on parle beaucoup des véhicules autonomes, les infrastructures connectées sont souvent les grandes oubliées. Elles sont pourtant indispensables pour accélérer le mouvement, affirme Christine Peyrot. Une position reprise par Nathalie Martin-Sorvillo, responsable des programmes innovants de l’incubateur Leonard (groupe Vinci) : l’infrastructure est selon, elle l’angle mort des véhicules autonomes, d’où le développement de projets de routes communicantes, de cartographie HD ou de signalisation connectée, en ville ou sur autoroutes.

Pour Raoul de Charrette, ces indicateurs communiquant directement avec les véhicules représentent une avancée certaine, permettant aux véhicules autonomes une connaissance préalable de leur environnement plus fine, les rendant ainsi à terme plus opérationnels.

«Aujourd’hui, conclut le chercheur, le levier majeur qui conditionnera le développement de cet écosystème robuste que nous avons en France, c’est la réglementation. Cette dernière suit le niveau de développement, et surtout de fiabilité des technologies.»

Une approche que semble partager Jean-Louis Missika qui avance que, si l’innovation est bel et bien mondiale, la régulation reste, quant à elle, locale. Et de plaider pour que «les villes élaborent une doctrine commune, définissant en amont les règles du jeu, afin d’orienter les business models du futur, en autorisant, par exemple, seulement les véhicules partagés dans les centres-villes.» La balle est donc dans le camp des chercheurs… et, surtout, des politiques ?