20 / 03 / 2017
#Rencontre

Jeunesse numérique : « Pourquoi ne pas faire du numérique une matière à part entière à l’école ? »

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Alors que le numérique est le parent pauvre du débat présidentiel et que l’emploi est au cœur de toutes les questions, RSLN est allé échanger avec des jeunes, qu'ils soient start-uppers, indépendants, employés ou encore étudiants pour recueillir leurs témoignages mais aussi leurs idées. Aujourd’hui, rencontre avec Yassine Riffi, 25 ans. Il est le fondateur du projet Human Relais.

Porteur du projet Humans Relais, Yassine Riffi travaille sur la création de liens entre les personnes sans-abri et leur voisinage. Avec Human Relais, cet entrepreneur de 25 ans, également conseiller municipal de la commune de Villetaneuse, multiplie les initiatives en Seine-Saint-Denis pour permettre aux personnes sans-abri de renouer avec la société. En 2016, il a été le lauréat du Prix Gabriel, remis par Live for Good, une start-up sociale qui accompagne de jeunes porteurs de projets sociaux et innovants venus de tous horizons en leur apportant des ressources et un accompagnement.

Comment vous êtes-vous lancé dans le projet Humans Relais ?

Yassine Riffi: Depuis trois ans environ, je fais des « maraudes » comme bénévole associatif : je vais à la rencontre des personnes installées dans la rue. Ce sont des moments profondément humains. Il y a deux ans lorsque j’étais étudiant en alternance à l’ESGI en Master chef de projet e-business, je me suis demandé comment allier la partie technologique – ma passion depuis le collège – et la question des personnes dans la rue.

Avec des amis de l’école et des bénévoles, on a commencé par fonder l’association Humans Relais, puis la start-up, avec l’objectif de créer du lien social entre les personnes avec et sans abri de manière durable en Seine-Saint-Denis. Depuis le mois de septembre 2016, je travaille à temps plein sur le projet, notamment grâce au prix Gabriel Live for Good. Cette bourse nous apporte un cadre avec un lieu et un accompagnement personnalisé ainsi que des moyens pour piloter notre projet d’entreprenariat social en nous laissant le temps de trouver notre business model.

Quels sont vos projets de développement avec Humans Relais ?

L’un de nos objectifs est d’accompagner les personnes sans domicile fixe rencontrées vers le numérique. Grâce à notre présence régulière sur le terrain, on s’est rendu compte qu’avoir un téléphone portable pour communiquer ou aller sur Internet permettait aux personnes de gagner en autonomie. Cela nous permet également de gagner du temps en termes d’accompagnement. Aujourd’hui, une partie de mon travail est de chercher des partenaires dans le monde de la téléphonie qui seraient prêts à fournir des terminaux ou des forfaits pour ces personnes sans-abri.

On entend souvent que « tout le monde peut se lancer », par exemple pour monter sa start-up. Qu’en pensez-vous ?

C’est un mythe ! Il ne suffit pas « juste » de se lancer et d’avoir de l’audace, c’est faux. Pour monter sa start-up, il faut soit pouvoir se le permettre financièrement soit avoir un business model fonctionnant très vite. Dans mon école par exemple, 90% des diplômés sont aujourd’hui salariés de grandes entreprises : c’est une sécurité. Malgré ce que beaucoup peuvent penser, l’entrepreneuriat n’est pas si accessible que ça.

Il y a aussi la question des réseaux qui permettent d’aller plus vite [incubateurs, accélérateurs, etc., NDLR]. Mais, en fonction de son projet, de son parcours aussi, il est parfois difficile voire impossible de les intégrer.

On n’encourage pas non plus les jeunes à entreprendre : dans mon entourage, personne ne m’a poussé vers cette voie. Par contre, j’ai croisé des personnes qui se sont lancées sur le tas. Ce sont elles qui m’ont donné envie.

Comment favoriseriez-vous l’esprit d’initiative chez les jeunes ?

Je pense qu’il faudrait développer des micro-projets, par exemple humanitaires ou associatifs. Cela pourrait débuter dès le collège : cela inciterait au travail en équipe et permettre aux élèves de porter une initiative eux-mêmes, c’est à dire chercher des partenaires, construire des plannings, gérer un budget… En enseignant tôt les outils de l’entreprenariat, on donne les clés aux jeunes pour se lancer. Ces apprentissages leur serviront en plus toute leur vie. Mais aujourd’hui, cela n’existe que trop peu.

Si vous rencontrez une personnalité politique et que vous avez l’occasion de lui soumettre quelques idées sur les sujets de la jeunesse et du numérique, que lui diriez-vous ?

Il faut davantage sensibiliser les jeunes à l’utilisation d’Internet comme un outil intelligent. Pourquoi ne pas faire du numérique une matière à part entière à l’école ? On apprend la bureautique, c’est vrai, mais il y aurait un travail de fond à faire sur l’utilisation d’Internet, par exemple pour chercher de l’information. Pour moi, il faut sortir de la posture de consommateur d’outils ou de services web pour en exploiter vraiment le potentiel. Certains jeunes s’imaginent être des stars des réseaux sociaux mais ils n’envisagent pas d’en être les potentiels créateurs !

L’autre problème, c’est le manque de diversité dans le numérique : dans ma classe, en école de développeur, il y avait seulement 2 femmes sur 25 étudiants. Il faudrait initier dès le plus jeune âge les jeunes aux métiers de l’informatique pour faire découvrir aux filles les différents secteurs du numérique, que ce soit le développement, le graphisme ou encore la communication. Cela me semble indispensable.