03 / 03 / 2017
#Reportage

Jeunesse numérique : à la Web@cadémie, les décrocheurs d’hier deviennent les codeurs de demain

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Jeunesse numérique : à la Web@cadémie, les décrocheurs d’hier deviennent les codeurs de demain
Alors que le numérique est le parent pauvre du débat présidentiel et que l’emploi est au cœur de toutes les questions, RSLN est allé échanger avec des jeunes, qu'ils soient start-uppers, indépendants, employés ou encore étudiants pour comprendre leurs parcours, recueillir leurs témoignages, leurs idées et leurs envies. Aujourd’hui, direction la Web@cadémie, une école qui forme des jeunes décrocheurs aux métiers du code, à la rencontre de Niakalé, Clément, Delphine, Pierre ou encore Thara.

D’un côté, un taux de chômage des jeunes en France qui frôle les 25%. De l’autre, une « pénurie de talents » dans le secteur du numérique, avec des entreprises désespérément à la recherche de candidats – 40.000 postes seront à pourvoir en 2017.

D’ici 2020, le secteur du numérique français devrait recruter de 170.000 à 212.000 personnes selon diverses estimations. Le ministère du Travail table pour sa part sur 191.000 postes à pourvoir d’ici 2022. Parmi ces offres d’emplois, les codeurs font partie des profils les plus demandés.

Alors comment répondre à cette pénurie de talents, en particulier dans le développement ? Et si ces futurs codeurs se trouvaient parmi des jeunes en marge du système scolaire et académique ? C’est le pari que fait la Web@cadémie, comme nous l’explique Sophie Viger, sa directrice, au milieu des premières années et de la promotion « Ambition féminine »:

De la musique à l’associatif, toutes les routes mènent au code

Lorsque l’on va les interroger, la diversité des parcours ressort rapidement des discours : certains ont travaillé dans la musique, d’autres dans le secteur associatif ou encore dans la vente. Avec, en toile de fond, une envie : faire du code. Un dénominateur commun qui semble aller de pair avec une curiosité affirmée et une grande soif d’apprendre.

Niakalé, 28 ans, est tout sourire, manifestement contente de travailler sur le projet collectif du moment. Elle nous explique avoir travaillé pendant 8 ans dans une association s’occupant d’enfants, avant de se lancer dans le code, sans en avoir jamais fait auparavant.

Un volontarisme malheureusement encore trop rare : le code reste un milieu très majoritairement masculin – on y recense environ 27% de femmes, 5% à peine dans le secteur de l’intelligence artificielle. Un état de fait contre lequel la Web@cadémie souhaite lutter, par exemple avec la promotion « Ambition Féminine », comme nous l’explique Sophie Viger :

Delphine a 25 ans et c’est un ami dans l’informatique qui l’a aidée à « avoir le déclic » du code. Après avoir travaillé quatre ans dans la vente, elle a découvert le développement web. Aujourd’hui, elle se surprend du plaisir qu’elle prend à coder… et de sa propre ténacité :

«Je me suis étonnée moi-même d’être capable de recommencer 10 fois un exercice, pour arriver à résoudre seule un problème complexe à coder.»

Pour elle aussi, les femmes ont beaucoup à apporter au code, car souvent plus perfectionnistes et créatives que les hommes. Les faits lui donnent raison, il ne reste plus qu’à « donner aux femmes les possibilités et croire en notre potentiel », ajoute-t-elle.

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Pierre, 18 ans, le benjamin des Web@cadémiciens, a de son côté raté son bac. Mais l’idée de faire du code le titillait déjà, et il a préféré rejoindre la Web@cadémie plutôt que de retenter le diplôme.

Ce dont Pierre est très fier, c’est d’avoir passé l’épreuve de « la piscine ». La piscine ? Derrière ce terme se cache en fait la dernière étape pour rejoindre la Web@cadémie : trois semaines de code non-stop de 8 heures du matin à… tard le soir, avec des exercices de plus en plus difficiles. Comme Niakalé et Clément, et bien qu’il n’ait quasiment jamais codé auparavant, il a réussi :

«C’est une épreuve difficile, mais en s’entraidant on arrive à avancer en apprenant les uns des autres, alors même que la majorité d’entre nous n’avait jamais codé avant. Tout passe par la pratique !»

Clément quant à lui, a quitté le système scolaire très tôt pour vivre de sa passion : la musique. C’est justement cette passion et sa curiosité «pour tout ce qui est créatif» qui l’ont amené au code. Car pour lui, « le code, tout le monde en voit le résultat, mais personne ne sait vraiment le lire. Moi, ça me passionne de comprendre cette face cachée du web ! »

Apprendre à coder, oui mais comment ?

Quand on arrive à la Web@cadémie, un détail attire l’attention : pour une formation, il manque singulièrement de formateurs. Et pour cause : ici, pas de professeurs, plutôt des « surveillants », des « coachs », qui indiquent aux élèves où chercher l’information. Et quoi en faire.

« Tout le monde est capable d’apprendre. Il suffit d’avoir la motivation, l’envie. Le rôle de la Web@cadémie, c’est de créer un lieu où les jeunes vont pouvoir travailler ensemble », avance Sophie Viger.

La formation offre ainsi un cadre et un parcours pédagogique pour que les élèves soient, à terme, capables de réaliser des projets de A à Z, en totale autonomie. Une méthode qui semble convenir parfaitement à Pierre :

Parmi les exercices imposés : réaliser en deux semaines une application de rencontre dans le style de Tinder, créer un drive en ligne en un week-end, ou encore mettre sur pied un réseau social semblable à Twitter, design et fonctionnement compris.

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Après la « Web ac’ »

Des compétences que les élèves pourront encore perfectionner en apprentissage, lors de leur deuxième année de formation. Résultat : un taux d’insertion professionnelle de 95%.

«Le métier de codeur est très recherché, c’est un métier dit « en tension ». On a la chance d’avoir une offre de formation très professionnalisante, suffisamment longue, et qui fait appel à la pédagogie Epitech, qui plait énormément aux entreprises. Les jeunes qui sortent de nos locaux sont débrouillards car on leur a appris à apprendre ! Ils ont des profils aptes à évoluer dans le temps avec les différentes évolutions du web», explique Sophie Viger.

Car s’il y a la « Web ac’ », il y a aussi l’après. Et tous y pensent déjà. Delphine se voit par exemple bien travailler dans la finance. Son objectif : acquérir un maximum de compétences au sein d’une entreprise avant de, pourquoi pas, se lancer en freelance. Thara, elle, souhaite mener un projet en partenariat avec une youtubeuse de sa connaissance, ou travailler au sein d’une start-up.

Une envie de travailler en start-up que Pierre aimerait également suivre, avant de proposer son savoir-faire au milieu associatif. Niakalé, elle, s’interroge encore :

«Ce que je sais, c’est que je serai développeuse web ! Par contre je ne sais pas si ça sera en entreprise ou en start-up, ou alors, vu que j’ai déjà travaillé avec des enfants, peut-être les initier au code.»

Quant à Clément, il préfère pour l’instant rester concentré sur son instrument de musique en ligne, même s’il ne se ferme à aucune opportunité.