20 / 11 / 2017
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« Le futur de l’école est déjà là ! »

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« Le futur de l’école est déjà là ! »
Du 15 au 17 novembre 2017, la semaine de l’éducation a battu son plein. A Paris, Porte de Versailles, enseignants, élèves, aspirants élèves/étudiants se pressent au salon de l’Education pour se renseigner sur leur cursus à venir. A deux pas, un autre salon tout aussi agité et tout aussi « prospectif », le salon Educatec-Educatice destiné aux professionnels à la recherche du futur de l’éducation. Ce jeu dont l’univers en blocs est modulable à souhait et qui en 2014, dépassait en ventes le succès du jeu World of Warcraft, est aussi utilisé… en classe. Sur un stand, plusieurs portables sur lesquels un professeur évoque son utilisation du jeu Minecraft. Entretien avec Stéphane Cloâtre, professeur de technologie.

Pourquoi utiliser un jeu vidéo en classe, demande-t-on d’entrée de jeu à Stéphane Cloâtre, professeur de technologie en 6e et en 5e. Stéphane utilise Minecraft dans le cadre de ces cours depuis trois ans déjà. « C’est un outil très libre ; dans le jargon enseignant, il permet un univers bac à sable ». On peut y créer des décors, des sculptures en 3D, des bâtiments, des villes, programmer des robots virtuels, réaliser des maquettes numériques, réaliser un petit film d’animation. En histoire, les élèves peuvent reconstituer un champ de bataille de la Première guerre mondiale : tranchées, abris, poste de surveillance et font ensuite visiter leur reproduction en vidéo. Les plus vieux le savent, l’apprentissage des SVT se révèle souvent douloureux car elle fait appel à notre sens de l’abstraction : sur Minecraft un enseignant a proposé à ses élèves de réaliser une maquette sur la circulation sanguine. Les vaisseaux sanguins ont alors été conçus comme des couloirs dans lesquels on circule, le cœur comme des portes automatiques qui se referment et s’ouvrent. Pour l’enseignement de la technologie au collège, RSLN est allé creuser davantage avec Stéphane Cloâtre.

Comment utilisez-vous le jeu Minecraft ?

Dans le cadre de séquences d’enseignement de la robotique, j’utilise Minecraft pour les initier au code (avant qu’ils soient amenés à manipuler des robots physiques). En classe, il y a souvent peu de robots pour beaucoup d’élèves. 4 élèves se partagent généralement un robot physique. Sur Minecraft, pour faire progresser le robot, l’élève va être invité à programmer un petit robot virtuel avec les mêmes langages qu’on peut utiliser en programmation. Il apprend ainsi régulièrement à relever des défis, au départ assez simples, puis de plus en plus complexes. Sur les séquences de technologie pure, je fais beaucoup travailler les élèves sur la notion d’architecture. Depuis l’année dernière, mes élèves travaillent sur un gros projet, la reproduction de leur ville, telle qu’elle était en 1450.

Au départ, Minecraft était destiné au grand public. Comment expliquez-vous que le monde enseignant s’en soit emparé ?

Oui, ça peut surprendre. J’ai commencé à me documenter, il y a trois et je me suis rendu compte que dès la création du jeu, dans les pays anglo-saxons, les enseignants ont vite détourné à des fins éducatives. Et ça, c’est parce que Minecraft est un outil très libre, un univers bac-à-sable. Certains vont l’utiliser comme jeu de survie ou de combat, d’autres pour exprimer leur créativité, construire des choses. Un autre aspect du jeu qui est, à mon sens, déterminant pour le monde de l’éducation est que ce jeu est multi-joueurs. C’est-à-dire que les élèves vont pouvoir collaborer sur des gros projets, sur la construction de bâtiments, par exemple.

« J’ai même des élèves qui sont plus éduqués au jeu que moi »

Capture d'une vidéo portant sur Minecraft en classe

La collaboration alors, c’est l’intérêt pédagogique principal du jeu ?

Oui, on met les élèves face à des problèmes qu’ils vont devoir résoudre ensemble. Ils vont devoir apprendre à collaborer ensemble. Et ça donne d’ailleurs beaucoup de sens à des activités souvent hors sol, comme certains savoirs mathématiques. On inverse la situation habituelle : ils vont avoir besoin de mathématiques pour construire une pyramide ; s’ils ne savent pas, mettons, calculer la hauteur d’une pyramide, ils demanderont à l’enseignant. Pédagogiquement, on donne l’outil au bon moment à l’élève et ça se passe bien. Les élèves sont en demande.

Et comment les élèves se sont-ils accaparés cet outil ?

A partir du moment où on fait confiance aux élèves pour manier le jeu, tout se passe bien. J’ai même des élèves qui sont plus éduqués au jeu que moi. Comme ils sont experts, je leur demande d’accompagner les élèves plus débutants. C’est responsabilisant.

Au fond, ils n’ont plus besoin de moi. Ils s’entraident. Et je suis là lorsqu’ils ont besoin d’une intervention sur un outil technologique ou qu’ils butent face à une équation qu’ils ne parviennent pas à résoudre. Mon rôle dans la classe évolue.

« L’enseignant du futur accueillera dans sa classe les élèves pour les mettre en situation de collaboration et faire appel à leur sens du travail »

Comment ça ? Demain, comme le médecin, votre rôle évoluera-t-il vers une dimension de conseil et d’accompagnement ?

C’est une vraie question pour l’éducation. L’enseignant n’est plus aujourd’hui l’unique source d’informations. Un élève peut désormais apprendre quelque chose dans un domaine donné très facilement. Demain, l’enseignant devra être en mesure de proposer des activités aux élèves qui les mettront dans une situation de collaboration. Ce qu’ils ne peuvent faire seuls à la maison devant un écran. L’enseignant du futur accueillera dans sa classe les élèves pour les mettre en situation de collaboration autour de projets et surtout, faire appel à leur sens du travail. Ça fonctionne bien lorsque les élèves oublient que le prof est présent en classe et qu’ils se rappellent de sa présence au moindre problème difficile.

Et le futur de la classe ?

A mon sens, la classe devrait tendre vers un fablab éducatif. On est déjà un peu dans l’école du futur. On met à disposition des outils, des personnes qui sont là pour vous conseiller. C’est ensuite à l’élève de choisir sur son projet avec qui il va travailler. Pour moi, l’école du futur, c’est ça.