04 / 11 / 2016
#Reportage

« Les filles qui font du code, ça change » : 26 collégiennes à la découverte du secteur du numérique

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« Les filles qui font du code, ça change » : 26 collégiennes à la découverte du secteur du numérique
Vingt-six jeunes filles âgées de 13 à 16 ans ont arpenté les couloirs du Palais des Congrès à l'occasion de l'événement Microsoft experiences’16. Ateliers, rencontres avec les professionnels du numérique et même… échanges avec Satya Nadella, CEO de Microsoft. RSLN les a suivies à l’occasion de cette « Colo numérique ». Reportage.

Paris, Palais des Congrès. A 10 heures, des chefs d’entreprises, des entrepreneurs, des consultants ou encore des développeurs se faufilent dans l’immense bâtiment. Des adolescentes, baskets aux pieds et un t-shirt rose floqué «DigiGirlz» dans le dos, leurs emboîtent le pas. La raison ? Ces vingt-six jeunes filles, âgées de 13 à 16 ans, issues pour la plupart du collège Colette Besson du XXe arrondissement de Paris, viennent y passer la journée à l’occasion de l’événement Microsoft experiences’16.

C’est l’association Zup de Co et Microsoft qui sont à l’initiative de cette sortie extra-scolaire. L’objectif ? « Sensibiliser les jeunes filles de 4e et 3e scolarisées en réseau d’Education Prioritaire au secteur et aux métiers du numérique. Il existe une forte autocensure chez ces jeunes filles qui pensent que ces métiers sont inaccessibles ou réservés aux garçons, avec notamment l’image du geek qu’elles peuvent avoir», explique Céline Corno, chargée de développement à Zup de Co.

Un apriori qui reste encore confirmé dans les faits : le taux de féminisation du secteur s’élève à seulement 33%, contre 53% en moyenne toutes filières confondues. «Il est important de bien orienter les jeunes filles dès maintenant. Le numérique est un secteur pourvoyeur d’emplois et accessible sans faire de longues études. 60% des métiers de 2030 n’existent pas encore aujourd’hui», ajoute Céline Corno.

« Coder c’est tester, échouer, réessayer »

Pour interpeller les adolescentes, Zup de Co et Microsoft misent sur «des rencontres avec des jeunes femmes qui travaillent dans le numérique pour les inspirer». Et le premier rendez-vous de la journée a lieu dans un salon séparé, éloigné du bruit ambiant du Palais des Congrès. Les DigiGirlz s’installent devant des tablettes et font la connaissance de Stéphanie Hertrich, évangéliste technique chez Microsoft. Celle-ci leur propose un atelier de coding pour leur faire découvrir son métier. Loin d’un « simple » cours de code, l’exercice est surtout le moyen de donner aux adolescentes des clés pour le futur.

«Coder, c’est tester, échouer, réessayer. Il faut être tenace et ce n’est pas seulement valable pour le code mais pour toute leur vie future», nous explique-t-elle.

Sur le grand écran du salon, des logos apparaissent. «Vous reconnaissez ce petit fantôme ?», demande Stéphanie Hertrich. «Snapchat !», lancent en chœur les jeunes filles. «Et celui-ci ?», en pointant un logo bleu. «Facebook!», crient les filles en rigolant. Evidemment les réseaux sociaux, elles connaissent. «Moi j’ai arrêté Facebook. Je préfère utiliser Twitter et Snap’ avec mon téléphone», confie Inès, 15 ans, élève en 3e. Ses projets ? «Je veux être community manageuse pour dialoguer avec les gens sur de nouveaux produits», raconte-t-elle, déterminée.

«Derrière ces sites, il y a un point commun : le langage, le code», poursuit Stéphanie Hertrich.

Sur les tablettes, le jeu Minecraft apparaît sur l’écran. Le défi de cette version ? Coder pour faire avancer le personnage. Les yeux fixant l’écran tout en restant attentives aux conseils de la formatrice, les filles se lancent timidement. Peu à peu, les sourires apparaissent : les opérations demandées sont réussies haut la main.

Présentation du tutoriel Minecraft / Capture d'écran YouTube

« Les filles qui font du code, ça change »

En une heure, c’est 101 lignes de code qui sont réalisées par les collégiennes. Smartphone à la main, Kamel Ait Bouali, principal du collège parisien Colette Besson, enchaîne les photos d’une élève en baskets fluos, en train de coder devant ses amies :

«Je fais une photo d’elle pour montrer à ses professeurs, précise-t-il. Ils ne vont pas me croire sinon ! Je suis agréablement surpris que les élèves participent aussi activement à l’atelier. Il y a des compétences mises en valeur.»

Profitant d’une pause bien méritée, Astou, 13 ans, discute avec ses copines : «J’ai bien aimé le codage. C’est un métier intéressant. Je sais que ce n’est pas seulement un métier pour les garçons. J’ai envie de travailler dans le numérique», nous explique-t-elle en souriant.

«On n’est pas obligé de faire beaucoup d’études, c’est assez simple finalement le code», pointe Mina, 13 ans, après la rencontre avec Jessie, Myriam et Elvire, trois élèves de la Web @cadémie, qui évoquent leur formation sans avoir eu le baccalauréat. «En deux ans, on devient développeuse web et cela permet d’avoir un revenu», déclare le trio. «Ça change les filles qui font du code» lance d’une voix sûre l’une des collégiennes. «Ça devrait être normal», renchérit une autre.

« Hi Satya ! »

Dans la salle, une chaise reste étonnamment vide. «C’est là que Satya [Nadella, CEO de Microsoft, NDLR] va venir s’asseoir. Je vais pouvoir lui poser une question. Je suis stressée», avoue Maria, 14 ans, élève en 3e au collège Daniel Mayeur dans le XVIIIe arrondissement, et désignée ambassadrice du groupe pour l’occasion.

Lors de son arrivée dans le salon, les filles dégainent toutes leurs smartphones pour faire des photos. «Hi Satya», lancent-elles. Maria prend la parole : «Quels métiers exercent les femmes chez Microsoft ? Font-elles des carrières techniques ou de la recherche ?».

«Chez Microsoft, les femmes occupent des postes très variés. Elles ont un rôle à jouer dans le développement des nouvelles technologies. Et j’espère que certaines d’entre vous participeront à développer de nouveaux produits qui changeront le monde, chez Microsoft ou dans d’autres entreprises du secteur. Et peut-être… vous serez là, plus tard, à ma place !», répond Satya Nadella.

Naïma, 13 ans et en 4e, répond du tac au tac à voix basse : «Oui, pourquoi pas, mais il faut parler anglais avant ! », provoquant les rires de ses amies les plus proches. Puis la vingtaine d’adolescentes se lève pour faire une photo de groupe.

« C’était bien de le rencontrer, débriefe Maria. Je pensais qu’il aurait l’air très sérieux. Mais non : il a rigolé, il est souriant et tout !»

La "colo numérique" à experiences'16 Crédit : Microsoft France

« Oser des choses qui vous passionnent peut être une grande vertu »

Après cette rencontre, c’est au pas de course que les DigiGirlz poursuivent leur parcours au sein de Microsoft experiences’16. Prochaine étape : rencontre avec Sherley Frydman, Audience Manager chez Microsoft France. Celle-ci les emmène dans la zone expérientielle dédiée à l’innovation, pour leur présenter des développeurs et des ingénieurs spécialisés dans les drones et autres robots. «A mon tour ! Je veux essayer ! », s’exclament les collégiennes face à un bras robotique autonome.

Les élèves retrouvent ensuite Diana Filippova, startup connector chez Microsoft, pour discuter de l’entreprenariat :

«Il y a seulement 15% de femmes dans l’entreprenariat. Et alors qu’un homme arrive à lever en moyenne 3,5 millions d’euros, ce chiffre baisse à 2,3 millions d’euros lorsque c’est une femme.»

Pas question pour autant de baisser les bras : «L’entreprenariat est une excellente école. Oser des choses qui vous passionnent peut être une grande vertu. Les femmes doivent organiser et créer des événements pour que le monde change, y compris dans le numérique», poursuit-elle.

Il semblerait que le message soit passé : «Il faut être fière d’être une femme dans le numérique, il faut avancer même si on se trompe. Ce n’est pas grave. Le plus important c’est d’arriver à ses objectifs fixés», résume Inès, 15 ans et élève en 3e, avant de repartir, sac à l’épaule, rejoindre ses camarades, direction la bouche de métro la plus proche.

Pour les 26 jeunes filles, la journée, loin d’être de tout repos, est bel est bien terminée. Les initiatives Digigirlz, elles, se poursuivent. La prochaine étape, en partenariat avec Dell, est d’ores et déjà prévue le 15 novembre 2016 à Montpellier.