26 / 07 / 2017
#Décryptage

Emploi : « L'intelligence artificielle ne remplace pas l'homme, elle l’augmente »

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Quelle sera, demain, la place de l'intelligence artificielle dans le monde du travail ? Quels sont les défis – techniques mais aussi éthiques - posés par la multiplication des réseaux neuronaux ? À l’occasion du hackathon dédié au travail et à l'intelligence artificielle qui s’est déroulé pendant le salon VivaTech, RSLN a rencontré Thomas Kerjean, Directeur de la Division Cloud & Enterprise chez Microsoft France.

Penser et concevoir en un temps limité une utilisation de l’intelligence artificielle dans le monde du travail : c’est le défi qui a été lancé aux équipes du hackathon organisé par Microsoft lors du salon VivaTech les 16 et 17 juin 2017. Codeurs, UX designers, marketers et data scientists ont planché sur divers projets, 25 heures sans interruption, accompagnés par une trentaine d’experts. Leur objectif ? Tirer le meilleur parti de la plateforme de veille marketing de SapientRazorfish, Cosmos, s’appuyant sur l’intelligence artificielle de Microsoft, pour créer de nouveaux outils ou services déployables dans le monde du travail. L’occasion pour RSLN de discuter avec Thomas Kerjean, Directeur de la Division Cloud & Enterprise chez Microsoft France, de l’impact que pourrait avoir l’IA dans les années à venir.

Pourquoi avoir organisé ce hackathon sur le sujet de l’intelligence artificielle et du travail ?

Thomas Kerjean: Il faut d’abord bien comprendre de quoi l’on parle : l’intelligence artificielle (IA) est un sujet assez ancien qui fait son retour depuis quelques années. Ce n’est pas encore une « super intelligence » capable de prendre des décisions autonomes : l’intelligence artificielle reste dans le cadre de ce qui est fixé par l’homme.

 

On pourrait la définir comme la convergence de 3 phénomènes :

  • L’augmentation sans précédent de la capacité de calcul permise grâce au cloud ;
  • Le phénomène de la data, c’est-à-dire l’agrandissement des capacités de gestion volumique de données ;
  • La multiplication d’algorithmes de deep-learning, qui sont la véritable innovation dans le domaine.

Certains opposent l’IA au travail, en prédisant le remplacement de l’humain par la machine. Chez Microsoft, nous avons une vision complètement différente : pour nous, l’humain va être augmenté par l’intelligence artificielle. Notre raisonnement est (et sera) amélioré par l’IA qui nous aidera à prendre des décisions à partir de données, complètes ou non. Et c’est une révolution.

C’est pour cela que nous avons organisé ce hackathon à VivaTech : nous souhaitions voir ce que des équipes travaillant pendant 25 heures arrivaient à réaliser grâce à la plateforme Cosmos, que nous développons avec Publicis. Ce hackathon fait également sens car notre plateforme cloud, Azure, est de plus en plus utilisée par les start-up, et parce que ce type d’événement permet aussi de rapprocher les start-up et les grandes entreprises.

Qui a remporté ce marathon technologique ?

Tous les candidats étaient très bons, mais il y en a quand même une équipe qui s’est clairement démarquée : Angela. Cette équipe de polytechniciens a proposé une solution très intéressante : Angela est une intelligence artificielle qui fédère les différentes API des réseaux internes et externes à l’entreprise (Linkedin, Twitter, etc.).

Ces données vont servir à aider un employé qui vient d’arriver dans une entreprise à se socialiser rapidement en organisant automatiquement des déjeuners ou des rencontres avec d’autres collègues ayant les mêmes goûts. Par exemple, s’il ressort de votre activité sur vos réseaux que vous adorez, disons, Led Zeppelin, et bien il est probable que vous ne soyez pas le seul ! Automatiquement, Angela va vous mettre en relation avec un autre fan, même s’il travaille dans un autre service, et vous bloquer un créneau commun pour échanger autour d’un café.

Cela permet de réduire la période d’onboarding dans l’entreprise, qui est traditionnellement un moment de flottement pour l’employé, mais aussi pour l’employeur. C’est pour nous un bel exemple de ce que l’IA peut transformer dans l’entreprise et le travail.

Au-delà de ce projet, quels sont les différents scénarios d’augmentation par l’IA que vous envisagez dans l’entreprise ?

Sur les différentes équipes qui ont travaillé pendant ce hackathon, nous avons retrouvé tous les grands sujets liés au développement des services cognitifs en entreprise, et qui se concentrent autour de quatre grands thèmes : l’expérience employé, l’expérience client, les processus d’entreprise et les nouveaux produits.

Nous réfléchissons tout d’abord à comment réinventer la vie de l’employé en entreprise. La tendance est aux « happy techs », c’est-à-dire aux outils capables d’améliorer l’efficacité dans le travail et la connexion entre les employés.

Concernant l’expérience client, il s’agit d’optimiser le parcours utilisateur grâce, par exemple, à un bot accompagnant le client en magasin via son smartphone. Il n’a pas vocation à remplacer la vente en rayon, mais plutôt à répondre aux premières questions et aiguiller l’utilisateur.

Les processus d’entreprise vont, quant à eux, être particulièrement impactés par l’IA, notamment grâce aux avancées réalisées en matière de deep-learning, qui sont déjà utilisées dans le secteur de la finance pour modéliser des prévisions, ou dans le marketing pour mieux discerner les signaux faibles.

Enfin, nous travaillons avec différents partenaires issus d’autres industries afin de leur permettre de réinventer leur métier et proposer les produits de demain. Je pense en particulier aux voitures connectées.

Si l’on se projette un peu, que va changer l’IA dans 5 ans ?

Ce n’est pas tant l’IA en soi qui va modifier notre manière de penser le travail, mais plutôt la nature des algorithmes proposés par les humains. Notre métier n’est pas de remplacer l’humain par la machine, l’entreprise par un super-ordinateur, mais bien d’augmenter les capacités humaines.

Prenons un exemple concret avec le constructeur Renault-Nissan. Une entreprise comme Microsoft n’a pas vocation à le concurrencer avec une voiture autonome, mais plutôt à aider Renault-Nissan à inventer le véhicule du futur. D’ici à 2020, plus de 10 modèles seront équipés de fonctions de conduite autonome et de services permettant d’utiliser au mieux le temps libre passé à bord. Ensemble, nous travaillons sur des scénarios de maintenance prédictive, mais aussi la prise de contrôle à distance en cas de problème avec le véhicule. Voilà ce que pourra, d’ici quelques années, changer l’IA aux produits et services que nous utilisons.

On parle ici principalement des bénéfices de l’IA. Mais qu’en est-il des risques ?

Il y a beaucoup de fantasmes sur ce qu’est l’IA et ce qu’elle n’est pas. Soyons clairs : le fait de travailler dans les technologies implique toujours du risque. C’est là qu’il est fondamental de penser et contextualiser ces technologies sur lesquelles on travaille.

L’intelligence artificielle est avant tout un outil. Et comme tous les outils, à nous de le comprendre pour en tirer le meilleur et l’exploiter dans la bonne direction.

Ce potentiel ne pose-t-il pas, au fond, des questions éthiques ?

Bien sûr ! Les acteurs de cette industrie ont une vocation très forte à s’intéresser aux questions éthiques, juridiques et sociétales posées par la technique que nous développons. C’est le sens de notre participation à Open AI par exemple.

Nous ne remplaçons pas l’humain, nous l’augmentons. Par exemple Skype Translator offre la possibilité de traduire instantanément en 10 langues. Nous ne remplaçons le travail de personne : nous ne pouvons pas tous nous payer un traducteur personnel… C’est une démocratisation et une augmentation des capacités humaines.

Autre engagement : nous ne vendons pas de données personnelles mais des services numériques, et nous sommes transparents concernant les données que l’on utilise pour entrainer nos algorithmes. C’est un positionnement particulier dans le secteur, qui est véritablement porté par l’ensemble des dirigeants de Microsoft. Et je pense que cela fait la différence.