16 / 10 / 2017
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Politiques numériques, trois personnes à suivre : Mounir Mahjoubi, Cédric Villani et Paula Forteza

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Politiques numériques, trois personnes à suivre : Mounir Mahjoubi, Cédric Villani et Paula Forteza

Crédits : Reuters - Benoît Tessier

Mounir Mahjoubi : Premier geek de France

Dans une série de stories Instagram, l’humoriste Jonathan Cohen (mieux connu sous le nom de Serge le mytho) interprétait en juillet dernier le personnage de «Mounir, le ministre des technologies», en charge «de la gestion du compte Shazam présidentiel». Hilarante, la parodie paraît néanmoins un brin réductrice pour résumer le champ d’action du véritable Mounir Mahjoubi, actuel secrétaire d’État chargé du numérique. A seulement 33 ans, le benjamin du gouvernement est en effet pour Jupiter bien plus qu’un simple community manager. Et il suffit de jeter un œil à la (très) longue liste de ses missions pour s’en convaincre. Colmatage de la fracture numérique, transformation numérique de l’Etat et de l’économie, défense des droits et libertés sur Internet ou encore réflexions sur les mutations numériques du travail : sa fiche de poste donnerait le vertige au plus chevronné des serviteurs de l’Etat.

Capture d’écran du compte Twitter de Mounir Mahjoubi

Mais pas de quoi impressionner le jeune homme, au CV déjà bien fourni. Président jusqu’en janvier dernier du conseil national du numérique (« cénum » pour les intimes), il est également le cofondateur deLa Ruche qui dit Oui !,une plateforme bien connue de l’intelligentsiabohème parisienne, qui met en lien direct consommateurs et producteurs de denrées agricoles. Transfuge du parti socialiste (qu’il avait rejoint au lendemain du choc du 21 avril 2002 pour participer cinq ans plus tard à la création de la Ségosphère), Mounir Mahjoubi peut également se targuer d’une maitrise certaine des stratégies de communication, acquise entre 2013 et 2016 chez BETC Digital. Un profil d’entrepreneurgeekpolitico-compatible donc, qui constituera un atout pour s’attaquer aux grands enjeux numériques du quinquennat.

Cédric Villani : L’icône pop du Palais Bourbon

Plus connu pour sa médaille Field (l’équivalent du Prix Nobel de mathématiques) et son style bigarré – lavallières audacieuses et broches-araignées à l’encolure – que pour son engagement militant, Cédric Villani symbolise à lui seul la recomposition politique souhaitée par Emmanuel Macron. Malgré un positionnement idéologique qualifiable de quantique – «ni à gauche, ni à droite, ni au centre» – son entrée en politique n’a pourtant rien d’un hasard : directeur de l’Institut Henri-Poincaré à Paris, il conseillait jusqu’à peu la Commission européenne sur les questions scientifiques et travaillait pour le think tank EuropaNova, qui milite en faveur d’une Europe démocratique et sociale.

Crédits : IP3 PRESS -MAXPPP - CHRISTOPHE MORIN

Pur produit de la voie royale républicaine – classe prépa, Normale Sup, agrégation, thèse –, celui que les médias étrangers surnomment le « lady Gaga des mathématiques » aura fort à faire au cours de sa législature. A commencer par le pilotage d’une nouvelle mission sur l’intelligence artificielle – moins de six mois après la remise du rapport France IA à la fin du mandat de François Hollande. Objectif : dresser pour le gouvernement une feuille de route crédible sur ces questions, en déterminant quels axes actionner du point de vue économique, politique, culturel, éthique et éducatif. Pour ce faire, Cédric Villani pourra compter sur l’expertise de Marc Schoenauer ( directeur de recherche à l’Inria et spécialiste reconnu de l’intelligence artificielle), ainsi que sur le concours de la centaine d’experts qu’il entend consulter dans les mois à venir.

Un défi à la hauteur des compétences de ce vulgarisateur hors pair, qui a toujours milité pour que les scientifiques investissent davantage la scène publique. Dernièrement, il confiait à la (bien nommée) Gazette des mathématiciens : «Pour quantité de nos concitoyens, la mathématique s’apparente à une activité parfaitement gratuite, et quand on leur explique que c’est indispensable à n’importe quelle avancée technologique un peu sophistiquée, ils sont aussi surpris que si on leur disait que le grec ancien est utile pour construire des voitures.» A l’heure du tout numérique, nul doute que ses nouvelles attributions lui donneront rapidement l’occasion de prouver l’influence colossale des algorithmes sur nos vies (et sur nos voitures).

Crédits - Assemblée nationale

Paula Forteza : celle qui voulait hacker l’Assemblée

A tout juste 31 ans, Paula Forteza, députée de la deuxième circonscription des Français de l’étranger (Amérique latine et Caraïbes), compte parmi les figures montantes de la Macronie numérique. Férue de civic tech et adepte des méthodes d’intelligence collective dites « agiles », la jeune femme s’est donnée pour mission de convertir ses coreligionnaires aux bienfaits du numérique. Objectif : «disrupter» les pratiques et les usages du Palais Bourbon – réputés monolithiques et vieillissants. Dans cette optique, elle annonçait en début de mois la création du Lab, «un laboratoire d’innovation politique au sein du groupe LREM, ayant pour but de travailler sur des outils numériques dont les députés auraient besoin au quotidien.» Pour cette spécialiste de l’ «open gov», l’ambition est double : d’une part simplifier le suivi du processus législatif en testant des nouvelles pratiques de fabrique de la loi et, d’autre part, renforcer le lien entre députés et citoyens – en permettant à tout un chacun d’interagir directement avec les élus. «On commence à réfléchir à la notion de « Parlement plate-forme », un peu comme on parle d’État plate-forme, expliquait ainsi la députée à Next INpact en août dernier. Il s’agit de dire : ouvrons les données, ouvrons les API, ouvrons les codes sources, etc. Tout ça pour que l’Assemblée puisse collaborer plus facilement avec tout un écosystème technique capable d’aider l’institution à se moderniser.»

Soucieuse de donner l’exemple, la député a déjà mis le suivi des dépenses de son IRFM (Indemnité représentative de frais de mandat) en open data, donne dorénavant libre accès à son « agenda ouvert », et espère organiser bientôt des « permanences virtuelles » avec les électeurs de sa circonscription. De quoi inciter ses collègues parlementaires à s’essayer aux nouvelles formes de consultation et de participation citoyenne ? Il est encore trop tôt pour le dire, puisqu’on le sait, la promotion de la transparence de l’action publique et la transformation numérique restent des sujets tabous pour une part encore importante des locataires de l’Hémicycle. Mais la révolution semble…En Marche.