12 / 08 / 2014

Robotisation en Europe: une nouvelle donne pour les métiers, du plombier polonais au cadre français

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D’ici vingt ans, la moitié de nos métiers pourront être confiés à des machines, nous apprenait récemment une étude d’Oxford. A n’en pas douter, l’automatisation des tâches va redéfinir les compétences des salariés de demain et mener à une nouvelle répartition des forces productives, refaçonnant le marché de l’emploi dans la plupart des pays. Si l’on pense naturellement à une forte robotisation des métiers peu qualifiés, les professions intellectuelles devraient connaître leur lot de bouleversements dans ce processus. Décryptage avec la récente étude du Think Tank Bruegel (en Belgique) qui s’est penché sur l’informatisation du travail en Europe. 

En analysant quelque 702 métiers, les chercheurs d’Oxford Carl Frey et Michael Osborne en avaient conclu que les risques d’automatisation toucheraient 47% des emplois américains sur un horizon de vingt ans, avec en premier lieu les emplois non-qualifiés et à bas salaire, mais aussi, dans un second temps, le secteur des services. Ils avaient aussi identifié trois domaines qui échappent à l’automatisation : les fonctions relatives à la créativité, à l’intelligence émotionnelle et sociale et à la modélisation. Le monde des idées serait en effet moins susceptible d’être rattrapé par l’intelligence artificielle et la robotique, du moins dans un premier temps.

Le Think Tank Bruegel a repris la classification des deux chercheurs et l’a appliquée au marché du travail européen afin d’identifier les pays les plus vulnérables. Comme l’on peut s’y attendre, la France et ses voisins d’Europe de l’Est devraient connaître un taux d’automatisation proche de celui des Etats-Unis (49,5% dans l’Hexagone). Et ce sont les pays en périphérie de l’UE, où l’emploi industriel est le plus développé qui souffriraient le plus sévèrement du « second âge des machines » – la robotisation pouvant toucher jusqu’à 61,9% des métiers en Roumanie.

//www.bruegel.org/nc/blog/detail/article/1394-the-computerisation-of-european-jobs/

Quelques incertitudes viennent toutefois nuancer cette projection, note Bruegel, et notamment le fait que les pays d’Europe du Sud et de l’Est ont toujours été plus lents, par le passé, à adopter les nouvelles technologies. Quoi qu’il en soit, la question de la répartition des nouveaux emplois et des compétences d’avenir doit désormais se hisser au même niveau de priorité en Europe que la lutte contre le chômage, selon le Think-tank. Un appel à « prioriser la créativité et l’intelligence sociale », ce qui implique une « adaptation du système éducatif » pour réorienter le développement du capital humain européen.

Mais dans le doute que ces efforts ne suffisent à enrayer une nouvelle montée du chômage, la question de savoir d’où viendra notre argent quand les robots occuperont nos emplois – posée notamment par les chercheurs Andrew McAffee et Eryk Brynjolfsson – est plus que jamais d’actualité. Parmi les réponses de nos experts, c’est celle de Thierry Crouzet qui a eu le plus de succès : l’idée d’un revenu de base pour tous, indépendant de l’emploi de chacun. Gageons que le débat de société ne fait que commencer.

Pour en savoir plus, c’est ici sur le site du Think Tank Bruegel.