11 / 01 / 2018
#Pionnier

La smart city est-elle rentable ?

share
Une étude réalisée par les cabinets Citizing et OpenCity se penche sur cinq initiatives concrètes autour de la ville intelligente pour étudier leur retour sur investissement. La smart city, simple outil de communication ou véritable apport de valeur ?

Très populaire, le concept de « smart city » est aussi très récent. Sa naissance remonte à l’année 2005, date à laquelle Bill Clinton suggère à John Chambers, alors patron de Cisco, d’employer l’expertise de son entreprise dans les nouvelles technologies pour optimiser le fonctionnement des villes. Cisco lance alors un programme de cinq ans, doté de 25 millions de dollars, pour étudier le potentiel de la technologie dans le développement urbain, avec des projets pilotes dans plusieurs villes, dont San Francisco, Amsterdam et Séoul. Passé ce délai, l’entreprise se dote d’une division qui passe à l’échelle commerciale les conclusions du programme de recherche. La smart city est née. Aujourd’hui, elle est partout. L’Arabie saoudite a récemment alloué la coquette somme de 50 milliards de dollars pour la construction d’une ville intelligente flambant neuve sur les bords de la mer Rouge. En 2015, Paris a lancé la mission « Ville intelligente et durable » pour faire de la Ville Lumière une ville smart. En France comme à l’étranger, les exemples sont légion : la smart city est, semble-t-il, devenue une composante nécessaire de toute politique publique qui se respecte.

Mais au-delà du buzz, quel est le véritable apport d’une telle stratégie pour les villes qui la mettent en œuvre ? L’étude « Smart city : gadget ou création de valeur collective ? », parue en novembre dernier, tâche de répondre à cette question. Réalisée par Citizing et OpenCitiz, elle aborde la ville intelligente sous l’angle financier, en s’interrogeant sur son retour sur investissement. « Aujourd’hui, tout le monde parle de la smart city, il y a un fort élan de la part du privé, des réalisations emblématiques sur tout le territoire, mais on constate malgré tout que cela n’avance pas autant que la technologie le permet », explique Fanny Brûlebois, associée du cabinet OpenCitiz. « En nous interrogeant sur les freins éventuels, nous avons constaté que les contraintes budgétaires constituent l’un des principaux ». D’où l’importance d’étudier la rentabilité de la ville intelligente.

Leçon n°1 : La smart city est rentable

L’étude se concentre sur cinq projets qui répondent chacun à une grande thématique de la ville intelligente : la mobilité, d’abord, avec la mise en place d’un observatoire du stationnement à Strasbourg ; la gestion des déchets, ensuite, avec la création d’une redevance incitative à Besançon pour amener les habitants à jeter moins ; l’énergie, avec l’installation dans les collèges du Nord d’un dispositif de gestion de consommation énergétique ; l’administration, grâce à l’introduction de guichets numériques dans certains sites d’accueil dans les Hautes-Alpes et enfin, l’éclairage public via le déploiement d’un système d’éclairage intelligent dans la ville de Rillieux-La-Pape, près de Lyon.

Trois de ces cinq projets (Strasbourg, Rillieux-La-Pape et le Nord) sont rentables d’un point de vue strictement financier. Si celui de Besançon ne l’est pas, il génère des bénéfices (les citoyens auraient ralenti leur consommation de déchets). Le projet des Hautes-Alpes n’est quant à lui pas assez utilisé collectivement pour le moment pour être considéré comme viable. Cependant, les autorités comptent lancer une deuxième phase, proposant aux citoyens d’accéder aux services publics directement depuis leur propre ordinateur, plutôt que devoir se rendre sur des bornes spécifiques, ce qui colle davantage aux pratiques des usagers.

« « Il faut impérativement une volonté politique des élus de développer de nouveaux services, de transformer leur collectivité » »

24 share

Leçon n°2 : La smart city doit inclure toutes les parties prenantes

La ville intelligente peut donc s’avérer rentable, au bénéfice de la vie en collectivité comme de son budget. Quelles sont, dès lors, les conditions à remplir pour une stratégie réussie ? Pour Gilles Prunier, administrateur élu de Syntec Numérique, l’implication du corps politique est une condition sine qua non. « Il faut impérativement une volonté politique des élus de développer de nouveaux services, de transformer leur collectivité », affirme-t-il.

Un point de vue partagé par Fabien Cauchi, fondateur de Metapolis, jeune pousse spécialisée dans l’accompagnement de projets smart city. « Si l’on veut mettre en place une feuille de route efficace pour la ville intelligente, il faut une adhésion, une implication des élus et de la sphère administrative. Il doit s’agir de l’intégralité du corps politique, pas seulement de l’élu au numérique ».

Pour Fabien Cauchi, les citoyens doivent eux aussi être inclus dans les projets smart city. « Il est également important d’associer le public à cette démarche. Les usagers, sur des sujets comme la mobilité ou le traitement des déchets, ou les citoyens, dans le cadre de la démocratie participative, de la prise de décision sur un territoire. Mais il est important de le faire avec une idée, un projet bien précis en tête », précise-t-il.

« Nombre de projets smart city se heurtent au passage à l’échelle »

24 share

La technologie est un moyen et non une fin

Selon Gilles Prunier, l’une des difficultés à laquelle se heurtent nombre de projets smart city est le passage à l’échelle. « On voit beaucoup de projets robustes, mis en place avec de petits acteurs locaux et testés avec succès, qui peinent à passer à la vitesse supérieure pour délivrer des résultats à grande échelle. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille écarter ces petits partenaires locaux, qui sont souvent très créatifs, mais il faut leur permettre de s’associer avec des entreprises plus solides pour les aider à passer le cap, que ce soit en les finançant ou en mettant à leur disposition des ressources et technologies », analyse-t-il.

Se pose également la question de l’échelon géographique. Comme l’illustrent les différents exemples de l’étude, une stratégie smart city peut s’effectuer sur un territoire plus ou moins grand, à l’échelle d’une région, d’un département, d’une ville ou même d’un quartier. « La tendance naturelle, c’est d’opérer seul sur son périmètre. Or, la smart city offre au contraire l’opportunité de s’associer, d’avoir une stratégie plus ambitieuse et plus large, au niveau d’une communauté de communes ou d’un département. Cela permet de mutualiser les moyens, ressources et financements pour effectuer une véritable transformation numérique ».