03 / 12 / 2017
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Smart city : quand les citoyens ont la main

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Smart city : quand les citoyens ont la main
Le principe de « Smart Cities » se généralise : des villes rendues plus intelligentes, plus confortables et plus écologiques par l’usage de technologies pointues. Pour cela, réseaux de capteurs, intelligence artificielle, Big Data et optimisation de l’énergie sont les voies les plus souvent privilégiées. Mais l’on peut aussi s’appuyer sur les citoyens eux-mêmes, en leur offrant de participer concrètement – et de façon moins épisodique que lors des élections municipales – à la gestion de leur ville.

« Utiliseriez-vous ces bancs publics à cet endroit ? » ou « cet immeuble a-t-il sa place à ce carrefour du centre-ville ? ». A Santa Monica, en Californie, c’est ainsi qu’on implique l’habitant à s’improviser planificateur urbain sur une application web, CitySwipe, leur permettant de donner leur opinion sur le fonctionnement du centre-ville et ses futurs projets de développement. Lancée en janvier 2017, l’application est directement inspirée de Tinder et propose ainsi une interface particulièrement simple et intuitive. L’usager se voit proposer des images associées à des questions et doit juste balayer l’écran d’un doigt vers la droite ou la gauche pour donner son avis – oui ou non. Si l’initiative demeure pour l’heure expérimentale, cette « preuve de concept » démontre que l’on peut recueillir de manière ludique et simple l’avis des citoyens, en matière de transports, d’équipements urbains et de développement immobilier, de bien des façons.

L’important, c’est de participer (en jouant)

Alors, les villes intelligentes sont-elles solubles dans la ludification ? On peut le penser, et plusieurs dispositifs ludiques explorent les possibilités pour faire participer les citoyens – y compris les enfants – à l’amélioration de leur ville tout en s’amusant.

A Oslo, en Norvège, l’application mobile Traffic Agent, créée en 2015 par la ville et l’Agence de l’environnement urbain, propose aux enfants de se transformer en espions pour signaler les problèmes rencontrés sur leur trajet vers et depuis l’école. Inspirée de Pokemon Go, l’appli incite à identifier les anomalies de toutes natures (chaussée abîmée, manque de visibilité à un carrefour, lampadaire défaillant, etc.) ou à informer quant aux conditions de transport (disponibilités des places assises dans un bus, bouchons, etc.). Tous les signalements sont anonymes mais géolocalisés par GPS et permettent aux autorités d’intervenir rapidement si nécessaire, ou au moins de tenir compte des données dans le cadre de l’aménagement urbain. Le dispositif est désormais utilisé par 59 écoles du pays, et une autre ville norvégienne, Fjell, compte l’utiliser à partir de 2018.

Et la démarche n’est pas isolée. Au Texas, dans la ville de San Antonio, l’application mobile Cityflag permet cette fois aux adultes de participer à l’amélioration de leur quartier par la photo. L’utilisateur est invité à prendre en photo un problème et à le catégoriser. Il peut ensuite suivre en temps réel l’état d’avancement du règlement du problème. Même principe en Italie, dans la ville d’Avellino, avec Noticity, une application sur laquelle les citoyens recensent de manière ludique trottoirs abîmés, abandons de déchets et autres actes de vandalisme.

Traffic Agent

Le citoyen, CEO de sa ville ?

Le principe pourrait se généraliser, d’autant que sont apparues ces dernières années de véritables plates-formes mises à disposition des villes et de leurs administrateurs.

Aux Etats-Unis, CitySourced propose ainsi aux municipalités toute une famille d’applications mobiles en marque blanche pour « favoriser et simplifier l’engagement civique ». L’entreprise assure avoir séduit 250 clients dans huit pays, et ses applis offrent un niveau de granularité particulièrement fin. Chappie Jones, maire du 1er arrondissement de San José en Californie, a lancé cette année San José Mobile City Hall, pour « mettre la mairie au creux de la main des résidents ». « Les utilisateurs peuvent facilement signaler une gêne ou un danger, comme un nid de poule, un graffiti, des déchets ou une voiture abandonnée, dès qu’ils le voient. Leur message est directement envoyé à mon bureau pour y être traité rapidement, nous fournissant les données nécessaires pour être proactifs et traiter de petits problèmes avant qu’ils ne deviennent gros », décrit-il, espérant que la démarche devienne « un standard en matière de service public ».

Transparence et démocratie

Si l’objet de toutes ces démarches est de faire davantage participer les citoyens, il est aussi de gagner en transparence. Comme le soutient CitySourced, « nous voulons transformer la façon dont citoyens et gouvernements collaborent, pour améliorer les villes, renforcer les communautés, accroître le bien-être social et construire un gouvernement plus inclusif et plus transparent ».

Côté transparence, Barcelone offre par exemple à tous les internautes de suivre avec précision le budget de la ville et son utilisation, via un site dédié, Barcelona City Council Budget. L’utilisateur peut ainsi suivre toutes les affectations des dépenses publiques, mais aussi consulter la liste des fournisseurs payés par la ville, et même accéder au détail des factures afférentes.

Au-delà d’une meilleure diffusion des données publiques, on peut également chercher à renforcer le dialogue entre municipalités et administrés. C’est ce que propose Fluicity, une start-up française qui entend « donner vie aux idées citoyennes ». Constatant que « les citoyens souhaitent participer davantage aux décisions publiques » et que « les élus ont besoin d’outils innovants pour être à l’écoute des citoyens », l’entreprise développe des applis Web et mobiles destinées à un usage local, déjà testées à Vernon, Juvisy ou Perpignan. Ces outils peuvent servir à lancer des sondages d’opinion, à favoriser la communication directe et le dialogue entre élus et citoyens, ou à soumettre des idées et projets participatifs.

S’appuyer sur les citoyens pour mieux gérer les villes fait donc sens et la puissance des outils mobiles aidant, les informations recueillies par ce biais – hyper-locales et assorties d’idées nouvelles pour améliorer l’aménagement urbain – seront toujours plus riches que celles des capteurs électroniques les plus sophistiqués. Après tout, qui connaît mieux la ville que celles et ceux qui y habitent, parfois depuis très longtemps, et en parcourent les rues quotidiennement ? En somme, les villes les plus intelligentes seront peut-être celles qui sauront le mieux être à l’écoute de leurs citoyens.